Catégorie : Économie

Sciences économiques

  • Comment innover dans les monnaies

    Cette conférence donnée le 9 janvier dans le cadre de la rencontre annuelle de AuCoffre.com permet de retrouver le travail sur l’innovation monétaire fait dans le cadre de la Fondation Internet Nouvelle Génération (voir la présentation Prezi) :

    • Comprendre ce qu’est la monnaie (décaller les deux parts de l’échange dans le temps et fabriquer un indicateur de valeur)
    • Découvrir d’autres types de monnaies (monnaies locales complémentaires mais aussi échanges non économiques, ou monnaies pour faciliter un comportement…)
    • Des pistes pour de nouvelles innovations (faciliter l’investissement sans spéculation, favorisr le don plutôt que l’échange…)

  • Tirer bénéfice du don pour soi, pour la société, pour l’économie

    Couverture du livre "tirer bénéfice du don"Mon nouveau livre parle du don. Celui-ci se développe dans la société, pas seulement auprès des organismes de charité et de ceux de don du sang, mais également entre particuliers. Pourtant contrairement à l’échange où près de 100% des dettes sont résolues, il existe des « passagers clandestins » dans le don qui profitent sans donner (du moins dans le don qui n’oblige aucune contre-partie des autres). En fait le don semble deux fois moins efficace que l’échange. Mais à l’inverse, le don crée plus de richesse que l’échange car il est basé sur la valeur d’usage : je peux faire quelque chose de facile pour moi qui ait une grande importance pour vous. Ainsi, dans certains cas, le don peut créer suffisamment de richesse pour compenser les passagers clandestins et être plus efficace que l’échange. La monnaie est un mécanisme qui permet de faciliter l’échange. Pourrait-on développer des « donnaies » pour faciliter le don ? Et si le don était la pièce manquante de l’économie ? [Lire un résumé détaillé] [Chapitre 2 : donner, une capacité naturelle mais limitée] [acheter sur Amazon] [acheter sur la Fnac] ISBN 978-2-916571-87-4 – FYP éditions 2013 96 pages – 9,90€ TTC

    Sommaire

    1 Introduction : Le don ? Quelle idée ! 2 Donner : une capacité naturelle mais limitée

    3 De quel don parle-t-on ?
    1- Le don-échange et le contre-don
    2- Le don à contrepartie collective 3- Le don peut-il être gratuit ? 4- L’homme défend son intérêt… et parfois celui des autres 5- Le don désintéressé
    4 L’inconvénient du don… et celui de l’échange
    1- Le don ne s’équilibre pas naturellement 2- Le taux de satisfaction des besoins réels identifiés 3- L’échange est un jeu à somme nulle 4- Le don plus effic ace que l’échange ?
    5 La « donnaie » : trois mécanismes pour favoriser le don
    1- La monnaie : un mécanisme et un indicateur 2- Il faut trois mécanismes pour la « donnaie » 3- Maximiser la valeur d’usage 4- Développer les motivations intrinsèques 5- Vivre une petite expérience irréversible 6- Favoriser notre penchant à la coopération : la piste de l’ocytocine
    6 Quels indicateurs pour les « donnaies » ?
    1- Les différents régimes de la valeur 2- L’indicateur de besoin 3- L’indicateur global de dons 4- L’indicateur du donneur 5- L’indicateur d’alliance

    7 Pour un retour vers le futur

    Quatrième de couverture

    Comment tirer bénéfice des nouvelles formes du don, pour soi, la société, et même l’économie ?

    Dans cet ouvrage, Jean-Michel Cornu retrace l’histoire des échanges au sein des sociétés humaines et fournit une analyse technique, économique et sociétale du don. Il en décrit tous les différents aspects, les indicateurs de valeur, les mécanismes de régulation, les manières de le favoriser et d’en éviter les dérives.

    Il montre comment le don peut être plus efficace économiquement que l’échange. Il permet de comprendre tous sesnouveaux mécanismes et en explique la mise en pratique, notamment par le système de la « donnaie ».

    Cet ouvrage rigoureux tout en étant accessible au plus grand nombre, pose les fondations d’une nouvelle branche de l’économie.

  • Donner : une capacité naturelle, mais limitée

    Extrait du livre « tirer profit du don : pour soi, pour la société, pour l’économie« .

    Dans un petit groupe, par exemple dans une famille, le don, tout comme l’échange, est naturel. Il nous semblerait totalement ridicule qu’une mère demande à son enfant de lui rembourser tout ce qu’elle lui a donné alors qu’il était jeune ! Nous n’avons pas besoin non plus, dans un petit groupe d’amis, de tenir le compte de ce que nous faisons les uns pour les autres. Nos capacités cognitives sont suffisantes pour nous permettre d’avoir une appréciation de ce chacun fait pour l’autre, tout au moins de façon approximative. Le don, tout comme l’échange d’ailleurs, est donc une faculté naturelle. Mais elle est limitée par la taille du groupe. Lorsque le nombre de personnes de notre entourage dépasse une certaine limite, nous ne sommes plus capables d’appréhender la communauté dans son ensemble et d’y interagir naturellement, par le don ou l’échange, sans recourir à des mécanismes que nous devons inventer.

    1- À la recherche de la taille limite de notre réseau social

    L’anthropologue britannique Robin Dunbar s’est intéressé à la relation entre la taille du néocortex de 38 espèces de singes et la taille des groupes respectifs dans lesquels ils vivaient [1]. De façon étonnante, il a trouvé une corrélation entre ces deux éléments. Il a ensuite extrapolé cette approche à l’être humain pour en déduire que la limite naturelle de la taille du réseau social d’un humain était de 148, nombre qui, généralement arrondit à 150, est appelé le « nombre de Dunbar ». Ce nombre correspond à la taille des villages d’éleveurs-cultivateurs au Néolithique, et se retrouve encore aujourd’hui dans la taille des réseaux sociaux [2]. Ce nombre – que Dunbar considère malgré tout comme assez approximatif – détermine donc le nombre de personnes avec lesquelles nous pouvons facilement socialiser sans avoir besoin d’un outil (par exemple, la « liste d’amis » sur Facebook, ou simplement notre carnet d’adresses, qui nous permet parfois d’être en contact avec bien plus de personnes dont on se souvient…).

    Pour en savoir plus : Quelques limites de notre cerveau

    Notre cerveau est coutumier de ces limites que nous avons parfois du mal à voir nous-mêmes. Nous sommes bien plus à l’aise pour connaître nos frontières plutôt que nos capacités. Prenez une photo avec un groupe de personnes, regardez-la puis cachez-la. Demandez-vous alors – a posteriori – combien y avait-il de monde sur cette photo. Si vous n’avez pas cherché à compter pendant que vous regardiez la photo, il va vous falloir compter les personnes une fois que vous n’avez plus l’image devant les yeux. Il y a fort à parier alors que si ce nombre est inférieur à cinq, vous pourrez y arriver facilement, au-delà de neuf, vous ne pourrez donner qu’un nombre approximatif qui, accidentellement, peut tomber juste… Entre cinq et neuf, certains d’entre nous arriverons à compter après coup, d’autres non, cela dépend de la taille d’une de nos mémoires de travail [3] et aussi du nombre de choses qui encombrent déjà notre tête… Cela est valable pour les personnes, les objets, mais aussi les idées et concepts avec lesquels nous pensons. Ainsi, notre capacité à conserver des idées en tête pour les relier ensuite est limitée à « sept plus ou moins deux » [4]. Sans outils ou méthodes, nous avons du mal à aller plus loin [5].
    Lorsque les idées sont cette fois liées sous la forme d’une chaîne pour former un discours, nous ne pouvons en conserver à l’esprit que trois. Il s’agit d’une autre limite de notre cognition [6]. Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas enchaîner plus de trois idées, puisque nous avons plutôt tendance à ne jamais nous arrêter de parler… Cela veut dire que nous utilisons un instrument – le langage symbolique – pour nous permettre de dépasser nos limitations cognitives, contrairement aux animaux qui restent limités dans leur propre langage.

    Le nombre de Dunbar serait-il donc la limite de notre capacité naturelle à donner et échanger ? Dans les faits, on observe plutôt ce type de comportement au sein de petits groupes d’une douzaine de personnes maximum : une famille, un groupe humain avant la constitution des villages au Néolithique, mais aussi au travail, dans une équipe sportive ou encore dans un groupe de réflexion… Jean-François Noubel parle d’intelligence collective originelle [7]. Bien sûr un orchestre rassemble plus de 10 musiciens et peut aller jusqu’à plus de 100 pour un grand orchestre symphonique. Il est alors nécessaire d’avoir un chef d’orchestre, une personne sur laquelle tous les musiciens doivent se focaliser pour jouer ensemble. Les petits orchestres de Jazz qui n’ont personne pour assurer la direction, contrairement aux big bands, restent limités à une douzaine de personnes. Pour comprendre cette différence, nous allons devoir regarder plus en détail notre relation au groupe.

    2– Observer chaque membre du groupe ou chaque interaction entre les membres ?

    Y a-t-il une relation entre ces deux nombres qui déterminent les limites de l’être humain, le nombre de Dundbar, aux alentours de 150, et la taille de l’intelligence collective originelle, autour de 12 ? À la fin du XVIIIe siècle, l’ingénieur naval Samuel Bentham et son frère, le célèbre philosophe utilitariste Jeremy Bentham, imaginèrent une architecture pour les prisons : le panoptique, du grec pan (tout) et optikós (relatif à la vue). Il est composé d’une tour centrale, depuis laquelle le gardien peut observer l’ensemble des prisonniers dans des cellules individuelles sans qu’ils sachent s’ils sont observés, afin de créer chez eux un « sentiment d’omniscience invisible [8] ». Cette approche se distingue de l’architecture « holoptique [9] », du grec holos (entier) et optikós (relatif à la vue). Dans ce deuxième cas, il s’agit de faire en sorte que tout le monde puisse voir tout le monde… et le lien entre eux. Dans une équipe sportive par exemple, chaque joueur peut voir ce que font les autres et les interactions entre eux. Si nous voulons développer la confiance dans un groupe, il faut que tout le monde puisse voir les autres, et non plus réserver cela à une seule personne. Mais il faut également que chacun puisse voir en plus des autres, les interactions qu’ils créent entre eux et comment ils échangent… Ainsi, un membre du groupe est capable de voir qui lui veut du bien ou du mal, mais également de connaître les amis et les ennemis des autres avec lequel il est en relation. Cette capacité holoptique, nous permet de construire une alliance, c’est-à-dire une relation choisie avec un ensemble d’individus contrairement à celle que nous aurions avec un troupeau que l’on suit ou mène.
    Si maintenant nous sommes limités à appréhender environ 150 éléments sociaux, nous pouvons utiliser notre capacité de deux façons. Soit nous nous intéressons aux 150 personnes que nous pouvons connaître pour constituer notre réseau social ; soit nous portons notre attention à l’ensemble des interactions à l’intérieur d’un groupe (vision panoptique). Dans un groupe de 12 personnes, il existe 144 éléments à connaître [10] pour avoir une véritable compréhension d’ensemble de ce qui se passe dans le groupe (vision holoptique). Cela ne veut pas dire qu’il nous est impossible de constituer des groupes de plus de douze personnes, mais au fur et à mesure que nous dépassons cette limite, notre capacité de faire des alliances naturelles se réduit. Comme le dit Jean-François Noubel : « Dans ces petites structures, chacun perçoit, en temps réel, ce que font les autres et le sens de leur action commune ». Pour aller au-delà, nous avons besoin d’un « instrument » : un meneur, des règles communes, un mécanisme d’échange comme la monnaie, etc.

    Pour en savoir plus : Les alliances chez les animaux

    Il ne faut pas confondre le troupeau ou la meute à laquelle on appartient depuis sa naissance et l’alliance où les membres se sont choisis les uns les autres pour un objectif commun. Il existe de nombreuses alliances chez les animaux et même les végétaux, mais elles sont la plupart du temps limitées à deux. On parle de symbiose lorsque qu’il s’agit d’alliance entre des espèces différentes, par exemple le lichen, qui réunit une algue unicellulaire et un champignon, ou encore entre l’abeille et la fleur. C’est également le cas avec le crocodile qui se fait aider par le pluvian d’Égypte, un oiseau qui profite de ce que le crocodile ouvre grand sa gueule pour nettoyer ses dents en mangeant les restes de nourriture. L’intestin humain vit en symbiose avec plus de 1 000 espèces de bactéries pour faciliter la digestion de l’homme et la survie des bactéries. Mais il s’agit toujours d’un ensemble de symbioses à « deux à deux », car les bactéries profitent de l’humain plutôt que de leurs voisines.
    Existe-t-il des symbioses à trois ?
    Le monotrope [11] est un genre de plante qui ne dispose pas de chlorophylle. Elle tire son énergie et son alimentation d’un champignon, qui lui-même vit en symbiose avec des arbres. Mais il s’agit plutôt de parasitisme, car le champignon ne bénéficie pas de sa relation avec le monotrope…
    La première définition du terme « symbiotismus », que l’on doit à Albert Bernhard Frank, parlait de vie en association de différentes espèces. Mais aujourd’hui, le terme de symbiose utilise la définition de Pierre-Joseph van Beneden : une association à bénéfice mutuel excluant donc le parasitisme.
    Il existe cependant des alliances à trois chez les animaux disposants de capacités cognitives supérieures : les grands singes et certains cétacés. Les grands dauphins de Shark Bay (Australie occidentale) sont même capables de faire des alliances d’alliances [12] : la première alliance se fait entre deux ou trois dauphins mâles qui vont s’allier autour d’une femelle pour se reproduire, tout en empêchant d’autres mâles de s’accoupler avec elle. Ils peuvent ainsi dormir ou aller chercher de la nourriture à tour de rôle sans la perdre de vue. Mais ces alliances se regroupent en « super-alliances » pour s’approprier les femelles des autres ou, au contraire, pour protéger les leurs. Ainsi, les grands dauphins de Shark Bay peuvent s’unir de façon stable, à plus de trois, par cette alliance à plusieurs niveaux. Il existe même une possibilité d’alliance de troisième niveau entre ces super-alliances, mais cette fois beaucoup plus ponctuellement. Seul l’être humain arrive à faire naturellement des alliances à plus de trois… jusqu’à une douzaine de personnes.

    3– L’homme à l’état de nature : conservation et empathie

    Il faut prendre ce nombre de douze avec précaution, car les travaux scientifiques sur les réseaux sociaux sont difficiles à vérifier et à relier avec les travaux sur les neurosciences et les sciences cognitives. Tout d’abord, il existe des travaux alternatifs à ceux de Dunbar, comme ceux de Bernard et Killworth, qui trouvent à l’homme un nombre plus important pour son réseau social [13]. Par ailleurs, il reste à confirmer le lien entre le nombre de Dunbar, qui s’intéresse au nombre de personnes que l’on peut connaître individuellement, et l’approche holoptique, qui s’intéresse aux relations entre les personnes d’un groupe. Sommes-nous limités à ne pouvoir appréhender que 150 interrelations dans un groupe ? Sommes-nous donc limités à ne pouvoir bâtir « naturellement » de la confiance que dans un groupe d’une douzaine de personnes où nous pourrions maîtriser l’intégralité des liens entre ses membres ?
    Quoi qu’il en soit, on observe que dans un petit groupe de cette taille-là – une famille, un groupe de chasseurs-cueilleurs avant le Néolithique et l’invention du village – le don, tout comme l’échange, se fait naturellement. Jean-Jacques Rousseau a imaginé l’« état de nature [14] » pour parler de cette capacité. Il ne s’agit pas de considérer qu’il n’y a que de « bons sauvages » – comme Voltaire s’en est moqué –, mais plutôt de proposer une fiction qui permette de mettre en perspective « l’état barbare » dans lequel nous vivons. Il ne s’agit pas non plus, pour le philosophe, de revenir à l’état de nature, mais de passer à un troisième stade qui nous permette de vivre ensemble grâce à un « contrat social ». Cet état de nature décrit par Rousseau pourrait cependant se rapprocher de la façon dont nous sommes capables de vivre dans un petit groupe, jusqu’à une douzaine de personnes : ni complètement altruistes, ni uniquement « un loup pour l’homme » comme le disait Plaute, environ 220 av. J.-C., et repris de nombreuses fois par divers auteurs. « La pitié est un sentiment naturel qui, modérant dans chaque individu l’activité de l’amour de soi-même, concourt à la conservation mutuelle de toute l’espèce. [15] » Chez Jean-Jacques Rousseau, il faut entendre par « pitié », cet amour de l’autre par rapport à l’amour de soi, autrement dit l’empathie, telle qu’on la trouve chez le philosophe britannique du XVIIIe, David Hume. Cette empathie que l’on retrouve également chez de nombreux animaux [16] est sans doute une des clés qui nous permet de comprendre que nous ne sommes pas seulement individualistes.

    4- Des instruments « naturels » pour les alliances

    Une alliance est une union qui est « le résultat d’une entente ou d’un pacte [17] ». Il y a donc, comme nous l’avons vu, une notion de choix, contrairement au troupeau ou à la meute où le seul choix est celui d’exclure. Si, comme nous venons de le voir, l’homme est un animal qui a une capacité d’alliance exceptionnelle, cela est dû à ses aptitudes cognitives qui lui permettent à la fois un « nombre de Dunbar » important (la faculté de prendre en compte individuellement un certain nombre d’autres personnes ou de liens entre elles) et une capacité d’holoptisme (celle de percevoir les liens entre les autres et pas seulement les liens que l’on a soi-même avec eux) [18].
    Cette alliance est aussi notre principal gage de survie. Nous ne courrons pas vite, nous ne sommes pas forts et nous ne pouvons pas nous enfuir en volant (du moins naturellement…). Mais à plusieurs, nous pouvons dormir à tour de rôle, protéger les petits, voire nous coordonner pour chasser ensemble des animaux plus gros que nous. En fait, seuls nous ne pouvons survivre dans la nature. L’évolution nous a dotés d’instruments cognitifs pour participer à une alliance, mais également y être acceptés en nous rendant désirables aux autres [19].

    Pour en savoir plus : le sage regarde la Lune… le singe regarde le doigt

    Prenons deux bols retournés. Sous l’un d’eux se trouve de la nourriture, et rien sous le deuxième. Il n’est donc pas possible de savoir ce qu’il y a sous le bol sans le soulever. Si l’on montre du doigt le bol où se trouve la nourriture, un enfant, même s’il ne sait pas encore parler, comprend qu’il y a quelque chose d’intéressant dessous et va s’y précipiter. Dans la même situation, un singe ne bougera pas. En revanche, au lieu de montrer du doigt, si nous simulons par le geste le fait de vouloir prendre ce qu’il y a dessous, alors le singe, comme l’enfant, comprent qu’il s’y cache quelque chose d’intéressant. Que s’est-il passé ? Dans le premier cas, le fait de montrer du doigt indique une chose intéressante, mais ne signifie pas que l’on peut l’avoir rapidement, avant les autres. Pourquoi donnerions-nous aux autres une information dont ils profiteraient, plutôt que de la garder pour nous-mêmes ? Le singe ne comprend pas. Mais ce comportement apparemment altruiste nous apporte un autre avantage : nous donnons des informations utiles, nous devenons donc désirables pour créer une alliance avec l’autre ou entrer dans une alliance déjà constituée. « Quand le sage montre la Lune, le fou regarde le doigt », dit le proverbe chinois. Le fou perd une information donnée par le sage qui pourrait lui être précieuse.
    Une autre particularité nous distingue des autres primates. Le blanc de nos yeux (la sclère) est visible même quand nous regardons devant nous, et il est bien plus grand et brillant que celui des autres singes. Cette particularité semble lui permettre d’indiquer aux autres humains où diriger leur attention. Les chercheurs de l’institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste, à Leipzig, en Allemagne, ont fait une expérience pour comparer la réaction de chimpanzés, de gorilles et de bonobos avec celles de jeunes humains de 18 mois. Un expérimentateur adulte capte le regard de l’enfant ou de l’animal, et ensuite regarde le plafond. Il fait cela en ne bougeant que les yeux, en bougeant la tête et les yeux, en ne bougeant que la tête les yeux fermés, et enfin en se tournant pour ne bouger que la tête de dos. Les animaux ont accordé plus d’attention à la direction pointée par la tête, alors que les jeunes humains accordaient plus d’attention à la direction du regard et avaient une relative indifférence à la direction pointée par la tête [20].

    Si l’homme désigne à peu près tout (même avant de savoir parler), que ce soit du doigt ou du regard, les autres animaux ne désignent que les prédateurs et les proies (où l’avantage de l’alliance est immédiat). Cette capacité à attirer l’attention et à fournir des informations pour être plus facilement intégré dans les alliances pourrait être également à l’origine du langage symbolique, selon certains chercheurs [21]. Comme nous l’avons vu, les hommes comme les autres animaux ne peuvent enchaîner plus de trois étapes pour former un discours du fait de la limitation d’une de nos mémoires de travail (qui nous permettent de conserver à l’esprit un certain nombre de concepts). L’invention du langage symbolique nous a permis de briser cette barrière pour donner ainsi bien plus d’informations à nos congénères. Il se trouve que si nous pouvons parler aux autres, nous pouvons également nous parler à nous-mêmes, ce qui nous permet de penser. Notre intelligence n’est peut-être qu’un simple résultat du développement de notre capacité d’alliance…

    Quel est le propre de l’homme ? Le rire, l’empathie, l’intelligence et même la conscience existent également à des niveaux variés chez d’autres animaux, et ne présentent au mieux qu’une différence de gradation (jusqu’à l’éléphant qui dispose d’une protoconscience et qui peut se reconnaître dans un miroir). Aristote considérait que l’homme est le seul être susceptible de ne pas rester à sa place (en bien comme en mal), ce que Rousseau a appelé la « perfectibilité ». Cette extraordinaire capacité d’adaptation, en dépassant de ce que nous sommes, n’est-elle pas elle-même une conséquence de notre langage symbolique ? Et si le propre de l’homme était de savoir faire des alliances à plus de trois, son intelligence, sa bêtise et sa « perfectibilité » en découlant ? »

    5- De nouveaux instruments pour aller au-delà de nos capacités naturelles

    L’être humain est un animal social qui a une très grande capacité à faire des alliances (nombre de Dunbar élevé, capacité holoptique) et à se faire accepter dans une alliance (montrer du doigt, sclère très visible, langage symbolique). Une telle alliance apporte un véritable avantage de survie. À l’intérieur d’un tel groupe choisi, chacun peut voir les liens entre tout le monde. La confiance peut donc se développer, le don et l’échange se font naturellement. Mais notre capacité d’alliance « naturelle » est limitée (probablement à une douzaine). De la même manière que certains instruments naturels (la sclère, la taille de notre néocortex, etc.) ou culturels (le langage symbolique) nous ont permis de développer cette capacité d’alliance en petit groupe, nous avons dû développer de nouveaux instruments pour faire des alliances bien plus grandes.
    Lorsque nous avons commencé à former des villages d’une centaine de personnes, il y a 9000 ans, nous avons eu recours à un « chef de village ». Cet « instrument » est semblable à celui que l’on trouve dans les groupes animaux avec le « mâle dominant », et nous a permis de vivre avec un nombre de congénères compatible avec nos capacités cognitives [22], mais cette fois sans avoir besoin d’avoir confiance dans l’ensemble des membres du village (et des petites alliances qui peuvent se tisser entre certains) [23]. Il nous a suffi de nous en remettre à l’autorité du chef qui s’était imposée sans doute par la force. Il y a 7000 ans, pour vivre dans des groupes plus grands, comme les villes, l’autorité « naturelle » ne suffit plus. Afin d’être accepté par le plus grand nombre (plus grand que notre nombre de Dunbar), le chef doit acquérir une légitimité. Pour cela, il se présente comme le représentant d’une autorité encore plus grande : représentant de Dieu ou plus récemment représentant des hommes (la démocratie). La représentation est donc un instrument qui nous a permis de constituer des villes, des duchés, des États-nations, voire des « nations unies ».
    Nous avons également utilisé un deuxième instrument pour vivre dans un groupe de taille supérieure à celui de nos capacités naturelles : le troc puis la monnaie. Ces mécanismes nous ont permis d’échanger deux à deux, sans avoir besoin de connaître l’ensemble des liens qui unissent tous les membres du groupe. Pour le troc, il a suffi que « donner et recevoir » se fasse au même moment pour minimiser le risque de donner sans rien recevoir en retour. Quant à la monnaie, qui est apparue il y a 8000 ans, elle nécessite d’avoir confiance dans cet instrument qui nous sert d’intermédiaire entre le moment où nous donnons (et recevons de la monnaie en retour) et le moment où nous recevons ce que nous souhaitons (en redonnant la monnaie). Il est bien plus facile de construire la confiance dans un simple instrument d’échange (comme le cauri [24], l’or ou autres pièces) que dans l’ensemble des relations entre toutes les personnes d’un grand groupe…
    Si nous avons trouvé un instrument pour nous permettre d’échanger avec plus d’une douzaine de personnes, il n’en a pas été de même de notre capacité de don qui est restée au stade « naturel ». Notre alliance s’agrandit, mais devient donc déséquilibrée.
    Pourrait-on imaginer un mécanisme qui facilite le don, de la même façon que la monnaie facilite l’échange ?
    Le fait que depuis 8000 ans seul l’échange ait disposé d’un outil pour nous permettre d’aller plus loin ne veut pas dire qu’il ne peut pas en être de même pour le don. Nous disposons aujourd’hui de nombreuses connaissances supplémentaires. Certaines peuvent-elles nous servir pour imaginer un mécanisme qui faciliterait le don dans des très grands groupes ? Chaque avancée que nous pourrions faire dans ce sens nous aiderait à rééquilibrer l’alliance entre les hommes et peut être même l’alliance entre les hommes et le reste de la Nature.

    En résumé :

    Le don, tout comme l’échange, est une capacité naturelle de l’homme. Mais la confiance qui permet de créer des alliances nécessite d’avoir une vue d’ensemble des différents liens dans le groupe (une vision holoptique).
    Ainsi le don et l’échange naturels sont limités, probablement aux environs d’une douzaine de personnes, pour des raisons cognitives (le nombre de Dunbar).
    Il est possible de dépasser nos limitations cognitives à l’aide d’outils. C’est le cas de la monnaie, qui nous permet d’échanger avec un grand nombre de personnes. Pourrait-on disposer d’un tel mécanisme pour faciliter le don dans les grands groupes ?

    Notes

    [1] Robin Dunbar, Theory of Mind and the evolution of language, Cambridge University Press, Cambridge 1998
    [2] Bruno Gonçalves, Nicola Perra and Alessandro Vespignani, Validation of Dunbar’s number in Twitter conversations, PLoS ONE 6(8): e22656 (2011)
    [3] Selon le modèle de Baddeley et Hitch, nous avons plusieurs mémoires de travail qui nous permettent de conserver à l’esprit des choses différentes. Dans ce cas, il s’agit du « calepin visuo-spatial » qui contient les informations sur les objets que nous voyons ou encore les idées que nous n’avons pas encore reliées entre elles – A.D. Baddeley & G. Hitch, Working memory. In G.H. Bower (Ed.), The psychology of learning and motivation: Advances in research and theory (Vol. 8, pp. 47–89). New York: Academic Press. 1974
    [6] Cette mémoire de travail « en série » est appelée la « boucle phonologique »).
    [7] Jean-François Noubel, Intelligence Collective, la révolution invisible, 2004, révisé en 2007
    [8] Jeremy Bentham, Panopticon or the inspection-house, Ed Miran Bozovic, Londres: verso 1995 (première édition 1791)
    [10] si on distingue le lien d’une personne vers une autre et celui de cet autre personne vers la première et qu’en plus des relations entre les personnes, on compte chaque personne, nous compris.
    [11] il en existe deux espèces : le monotrope sucepin et monotrope uniflore (Wikipédia)
    [12] S. Randic, RC Connor, WB Sherwin, M Krützen, A novel mammalian social structure in Indo-Pacific bottlenose dolphins (Tursiops sp.): complex male alliances in an open social network, Proceedings, Biological Science / The Royal Society 279(1740):3083-90, août 2012
    [13] Bernard, H. Russell; Shelley, Gene Ann; Killworth, Peter, How Much of a Network does the GSS and RSW Dredge Up?. Social Networks 9 (1): 49–63, 1987
    [14] Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les Hommes, 1755
    [15] ibid.
    [16] Frans de Waal, L’âge de l’empathie : leçon de nature pour une société plus apaisée, les liens qui libèrent, 2010
    [17] Alliance dans Wiktionary
    [18] Un nombre de Dunbar élevé ne suffit pas pour créer des alliances. Ainsi, le Chimpanzé par exemple, a un nombre de Dunbar de 65,2, mais pourtant sa capacité holoptique est réduite et il ne sait faire une alliance au maximum qu’à trois (alors que 65 liens pris en compte devraient permettre une alliance jusqu’à 8).
    [20] Michael Tomasello, Brian Hare, Hagen Lehmann, Joseph Call, Reliance on head versus eyes in the gaze following of great apes and human infants: the cooperative eye hypothesis, Journal of Human Evolution, Volume 52, issue 3, Mars 2007, pp314-320
    [21] Dereck Bickerton, Language and Human behavour, University of Washington Press 1995
    [22] Dans la configuration d’un groupe avec un leader accepté, nous retrouvons l’architecture panoptique : seul le lien entre le chef et chaque membre est important, il n’est plus nécessaire de mettre son attention sur tous les liens entre tous les membres comme dans l’approche holoptique. Nous pouvons donc constituer des groupes plus grands, de la taille de notre nombre de Dubar, c’est à dire environ 150 personnes. Mais dans ce cas, les liens entre les membres du groupes sont régis par l’autorité, et non plus par les membres eux-mêmes.
    [23] A noter qu’il est possible d’avoir non pas un chef mais une alliance de chefs pour rassembler un village ou une ville. Les sociétés traditionnelles font souvent appel à un ensemble d’anciens ou à plusieurs chefs de villages ayant chacun des tâches précises.
    [24] Ce coquillage a été utilisé au cours des âges comme instrument de circulation monétaire

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  • Le don, la pièce manquante de l’économie ?

    Un résumé des différents chapitres du livre « tirer bénéfice du don : pour soi, pour la société, pour l’économie » FYP editions 2013.

    1 Le don ? Quelle idée !

    Le don est répandu dans la société : bénévolat, don aux œuvres, don du sang mais aussi de plus en plus dons entre particuliers. La monnaie a permis de développer l’échange à l’échelle de la planète. Le groupe innovation monétaire s’est demandé si un autre outil, que l’on pourrait appeler « la donnaie », pourrait lui faciliter le développement du don.

    2 Donner, une capacité naturelle mais limitée

    Le don, tout comme l’échange sont des capacités naturelles de l’homme. Mais la confiance qui permet de créer des alliances nécessite d’avoir une vue d’ensemble des différents liens dans le groupe (une vision holoptique).
    Ainsi le don et l’échange naturel sont limités probablement aux environs d’une douzaine de personnes pour des raisons cognitives (le nombre de Dunbar).
    Il est possible de dépasser nos limitations cognitives à l’aide d’outils. C’est le cas de la monnaie qui nous permet d’échanger avec un grand nombre de personnes. Pourrait-on disposer d’un tel mécanisme pour faciliter le don dans les grands groupes ?

    3 De quel don parle-t-on ?

    Nous pouvons distinguer différents types de dons.
    • Les dons avec réciprocité (dons agonistiques ou dons cérémoniels) : ils ont pour but de faciliter les alliances, ils créent une dette et une attente de réciprocité ;
      • Les dons libres que l’on choisit de faire pour développer une alliance ;
        • Le don-échange : le fait que le contre-don soit remis à plus tard nécessite d’accepter le risque de ne pas avoir une réciprocité et ainsi montre sa confiance en l’autre (pour faciliter les alliances entre deux personnes ou deux groupes) ;
        • Le don pour reconnaissance : le retour ne vient pas forcément du bénéficiaire du don mais d’autres membres du groupe (pour faciliter la coopération dans un groupe grâce au mécanisme d’estime) ;
      • L’obligation de don qui résulte d’une dette ;
        • Le don contraint : il est obligatoire pour rester dans l’alliance. Le fait d’appartenir à une famille ou un village crée une obligation sociale ;
        • La figure chrétienne du don résulte d’une dette irremboursable –le pêché originel- ce qui pousse à donner toujours plus mais mène également à la culpabilité
    • Le don sans réciprocité
      • Le don naturel : dans une petite alliance, nous pouvons donner naturellement sans rien attendre en retour. Une vision holoptique des relations entre chacun nous donne un sentiment de sécurité dans le groupe ;
      • Le don désintéressé (sans intéressement envers autrui ou le groupe) : la motivation est intrinsèque – estime de soi ou réalisation de soi ;
        • Le don gracieux : il vise à rendre l’autre heureux ;
        • Le don solidaire : il vise à aider l’autre ou le secourir ;
      • Le don gratuit (sans intérêt envers les autres ou le groupe, ni même envers nous même) : il est considéré comme non viable par la majorité des auteurs ;
    Dans la suite de l’ouvrage, nous chercherons à savoir si nous pouvons faciliter le don désintéressé qui nous autoriserait des alliances plus grandes que celles que nos capacités cognitives nous permettent sans nécessiter de réciprocité. Nous chercherons également à découvrir s’il est possible avec un tel mécanisme de facilitation du don de faire mieux que l’échange dans certains domaines ou ce dernier utilise également un mécanisme de facilitation tel que la monnaie.

    4 l’inconvénient du don et celui de l’échange

    Il y a plus de chance de satisfaire un besoin par l’échange que par le don (pour ceux qui ont quelque chose à échanger, biens ou monnaie…). Ainsi, le taux de résolution de dette est proche de 100% dans l’échange en utilisant le troc ou la monnaie. Au contraire le taux de satisfaction des besoins réels identifiés est plus faible dans le don (même s’il concerne également ceux qui n’ont rien à donner en échange).
    Mais le don permet une meilleure répartition des richesses car on donne là où un besoin est identifié plutôt que là où il y a une contrepartie possible. Il permet sans doute également une meilleure régulation de la production de richesse. Cela est dû au fait que l’échange sépare la création de richesse (plus-value globale) de la répartition des richesses (recherche par chacun d’une plus-value particulière), alors que dans le don, la création de valeur se fait grâce à la différence de valeur d’usage pour celui qui donne et celui qui reçoit. Cependant les deux mécanismes de création de valeur sont probablement complémentaires, nécessitant de développer à la fois de l’échange et du don.

    5 La donnaie, trois mécanismes pour faciliter le don

    La monnaie utilise un mécanisme pour faciliter l’échange (un système de résolution de dette qui permet de décaler dans le temps les moments où on donne et où on reçoit). La donnaie pour sa part, nécessite trois mécanismes pour favoriser le don :
    • Maximiser la création de valeur par la différence entre la valeur d’usage pour le donneur et le bénéficiaire. Cela peut se faire en rendant visible aux bénéficiaires les dons possibles ou aux donneurs les besoins. Ce système pourrait devenir plus efficace si nous savons distinguer les besoins des désirs ;
    • Inciter à donner en faisant pencher la balance vers certaines de nos tendances naturelles : rendre vraies nos « prophéties autoréalisatrices », faire comme les autres (mimétisme), donner plus facilement aux autres qu’à soi-même ou encore sécréter de l’ocytocine lors de rencontres et lors de contacts physiques (tout en conservant la réciprocité dans ces tendances) ;
    • Développer les motivations intrinsèques :
      • l’estime de soi en développant des valeurs personnelles et collectives compatibles avec le don ;
      • la réalisation de soi en favorisant le plaisir personnel à s’immerger dans le don à l’autre (état de flow). Mais pour cette dernière motivation, très puissante, il faut dépasser la « barrière de l’effort » en favorisant une, deux ou plusieurs expériences personnelles ;

    6 Quels indicateurs pour les donnaies ?

    La monnaie nécessite un indicateur de la valeur d’échange. Pour la donnaie, nous devons avoir des indicateurs différents pour des valeurs très différentes celle des dons et celle des personnes. Plusieurs indicateurs peuvent être combinés pour faciliter le don :
    Deux indicateurs sur les biens et services :
    • Un indicateur de besoin. Il devra éviter si possible de passer par la demande pour mieux distinguer besoins et désirs et ne pas se focaliser sur la personne mais sur ce dont elle a besoin ;
    • Un indicateur global de dons approximatif et anonyme pour donner l’avantage à l’empathie plutôt que l’analytique. Il peut évaluer le nombre de dons, mais également y ajouter (de façon distincte) le nombre de donateurs (de façon anonyme ou nominative mais non reliée aux dons) et les « gratitudes » qui montrent l’importance des dons pour ceux qui en bénéficient ;
    Deux indicateurs sur les personnes :
    • Un indicateur pour le donneur qui doit rester privé et peut évaluer de façon précise ou approximative : le nombre de dons, l’importance de ce que l’on a fait pour les autres ou pour le groupe, ainsi que le nombre et l’amplitude des états de flow qui nous apporté du plaisir à donner ;
    • Eventuellement un indicateur d’alliance qui doit rester approximatif pour ne pas fermer le groupe et changer souvent pour donner un cran d’avance à ceux qui donnent. Il doit se concentrer sur ceux qui ont de l’empathie et coopèrent plutôt que sur les profiteurs ;

    7 Pour un retour vers le futur

    Croire qu’il n’y a qu’une seule solution pour permettre aux hommes de mieux vivre ensemble, porte en lui les germes du totalitarisme. Ce livre se propose de revenir en arrière non pas pour remplacer l’échange par le don mais plutôt pour rouvrir les possibles. Il s’agit d’une première ébauche et il y a de la place pour développer de larges améliorations, inventer le « design de donnaies », articuler le don avec les autres modes de régulation humains et tester des solutions innovantes.
  • De l’innovation monétaire aux monnaies de l’innovation

    couverture du Flash Vars » value= »document_id=42026049&access_key=key-19gyyrgreezzyi4hefku&page=1&viewMode=list »>

  • Pourquoi çà ne va pas plus mal

    Patrick Viveret est l’auteur du rapport « les nouveaux facteurs de richesse » et du livre « reconsidérer la recherche » (pdf). Ce billet présente quelques reflexions issue de la conférence qu’il a donné le 5 avril 2007 au cours de laquelle il a présenté son dernier livre « pourquoi çà ne va pas plus mal ».

    « L’humanité a rendez-vous avec elle-même »

    L’homme est arrivé à un tournant. Il pouvait auparavant modifier ou détruire une partie de la planète (sa niche écologique) ou de son espèce ; Il est devenu capable aujourd’hui de détruire l’intégralité de son espèce ou de sa niche écologique.

    L’aventure humaine pourrait se terminer de différentes façons :

    • La guerre économique : nous ne sommes pas dans un système de concurrence (courir ensemble) mais dans une logique guerrière où nous nous retournons contre plus faible que nous et où l’intérêt individuel se retrouve le plus souvent en conflit avec l’intérêt de l’ensemble de la société.

    • Par le dérèglement climatique (terme plus adapté que réchauffement climatique), qui pourrait aboutir à la destruction de la niche écologique de l’homme (« le défi EGOlogique est bien plus dur à traiter que le défi écologique »…). Le dérèglement climatique a été démontré comme une conséquence du premier point.

    La guerre économique, prévue au départ pour réguler les échanges entre les hommes, représente donc le principal danger pour sa survie. Comment faire pour que l’homme, qu’Edgar Morin qualifie « d’homo sapiens demiens » puisse profiter de la face positive de sa double nature pour continuer et transcender sa propre aventure ?

    Comment tout a dérivé ?

    Il y a eu une déviation, qui fait qu’aucune autre société n’a accordé une telle importance à l’économie. Habituellement, l’économie est subordonnée à des activités jugées plus fondamentales : la religion, la politique, la culture, la philosophie… il se crée alors un équilibre entre les différentes formes de régulation : économie, état, solidarité (économie du don)…

    Cela s’est fait en plusieurs étapes :

    • Au moyen âge, se crée la notion de péché mortel dont l’exemple par excellence était le prêt par intérêt. L’intérêt fait que l’homme crée de l’argent alors que seul Dieu peut créer. Si on a dégagé un intérêt financier d’une action, il faut le rembourser (à l’exception de la part qui représente un service réel qui est estimée à 5%). Le péché mortel envoyait directement en enfer dans une chrétienté qui proposait une vision extrêmement bipolaire du monde (le bien/le mal, le paradis/l’enfer) très probablement sous l’influence du manichéisme (III et IVème siècles) qu’elle a pourtant combattu.

    • Au XIIème siècle, le purgatoire est inventé. Le système binaire devient ternaire. L’accumulation du capital envoie au purgatoire qui n’est plus aussi définitif que l’enfer (Jacques Le Goff , La Bourse et la vie : économie et religion au Moyen Âge, Hachette Littératures, Paris 1986).

    • Avec la réforme protestante au XVIème siècle, la richesse devient licite. Elle est même un indicateur de salut. C’est la jouissance de cette richesse qui interdite.

    • Les temps modernes sont caractérisés par ce que Max Weber considère comme un passage de l’économie du salut (la foi) vers le salut par l’économie.

    Les temps modernes ont apporté l’individuation, l’émancipation mais aussi l’individualisme (l’économie est prévue pour gérer la rareté et nécessite un « agent » individuel et rationnel). Les sociétés traditionnelles, à l’inverse, étaient basées sur le sens et le lien social. Mais le sens était imposé et le lien social avant tout basé sur un contrôle des individus.

    Comment sortir de la modernité ? Cela peut se faire

    • soit par une régression (un retour à une société du contrôle et une perte de l’individuation)

    • soit en cherchant à conserver le meilleur des sociétés traditionnelles (sens et lien social) et de la modernité (individuation et émancipation)

    Nous sommes coincés dans la phase intermédiaire

    Pourtant, bien qu’elle ait été créée pour résoudre un problème de rareté, l’économie n’a été prévue que comme une phase de transition pour arriver à une autre société :

    • Pour Adam Smith, le rôle de l’économie était d’organiser l’abondance afin de réunir les conditions pour construire ensuite une « république philosophique »

    • D’une certaine façon, Marx dit la même chose en indiquant à terme la sortie du règne de la nécessité pour entrer dans le règne de la liberté

    • Keynes considérait que l’économie à terme devait occuper une place réduite dans l’activité sociale ; et que les économistes devaient accepter que leur rôle ne soit pas plus important que celui des « dentistes ».

    De nos jours, le programme économique a été réalisé, contrairement aux apparences : nous sommes en surproduction depuis 1930 et le monde en général est actuellement trois fois plus riche qu’il ne l’était en 1960 avec pourtant un tiers de travail en moins.

    Plus édifiant encore, le Programme des Nations Unis pour le Développement (Pnud) a évalué à 100 milliards de dollars la somme à trouver par an pour éradiquer la faim, permettre l’accès à l’eau potable pour tous, pour les loger décemment et combattre les grandes épidémies. Cette somme est à comparer avec les 2500 milliards de dollars que représentent le marché des stupéfiants (qui prolifère sur le mal être), celui des armes (qui prolifère sur la peur) et celui de la publicité (qui prolifère grâce aux « cerveaux disponibles » dont parle Patrick Lelay).

    Si le programme économique de sortie de la rareté a été accompli, pourquoi ne passe-t-on pas à autre chose ? A l’étape suivante de réalisation de l’homme ? (Maslow, dans sa célèbre pyramide, explique qu’il y a une hiérarchie des besoins, depuis la survie et la sécurité, jusqu’à la réalisation de soi).

    Un incroyable processus d’évitement

    Nous sommes donc dans une guerre économique sans cause économique mais avec une formidable dérivation de la richesse. Pour Patrick Viveret, nous sommes dans un incroyable processus d’évitement : l’économie qui devait organiser l’abondance pour passer ensuite à la « république philosophique » d’Adam Smith, est restée bloquée et gère avant tout le mal être. « L’envie d’être » a été remplacée par « l’envie d’avoir » ou même « la peur de ne pas avoir ».

    La notion de dépense a été étudiée par Georges Bataille non sous l’angle de la nécessité, mais sous celui du luxe (La Notion de dépense puis La Part maudite, Minuit Critique , 1967). Même lorsque nous atteignons l’abondance, nous nous soumettons à ce que la Boetie a appelé la « servitude volontaire » (discours de la servitude volontaire). Nous dépensons et nous nous créons des besoins supplémentaires de sécurité (et de reconnaissance des autres) pour ne pas passer aux étapes suivantes (« estime de soi » puis réalisation de soi » dans la pyramide de Maslow).

    John Maynard Keynes expliquait déjà en 1930 (Essais sur la monnaie et l’économie. Les cris de Cassandre, Paris, Payot, 1972) que les sociétés humaines se sont organisées pour lutter contre la pénurie et ne sont pas préparées culturellement à la sortie de la rareté. « Je songe avec terreur au réajustement de ses habitudes que l’homme devra effectuer. Il lui faudra se débarrasser en quelques décennies de ce qui lui a été inculqué au cours des générations multiples. Ne faut-il pas s’attendre à une dépression nerveuse collective ? »

    L’homme buggé

    Pourquoi restons-nous au milieu du gué, embourbé dans le mal être, alors même que nous avons réussi à produire plus que nécessaire pour assurer la sécurité matérielle de l’ensemble des hommes ? Pourquoi donc ne pouvons nous pas passer à l’étape suivante de la « république philosophique » et cherchons-nous à prolonger la phase intermédiaire au risque de détruire la planète et nous même ?

    Freud, dans « malaise dans la civilisation » (PUF, 2004), parle de pulsion de mort (Tanatos) (voir le résumé sur Wikipédia)

    Sans doute faut-il revenir à ce qui fait l’espèce humaine. Nous sommes une espèce vulnérable. Notre survie est sans doute due à notre capacité à faire des alliances volontaires avec nos congénères, ce qui pourrait nous avoir apporté la capacité de communiquer par le discours et partant, l’intelligence (voir mon billet sur « et si nous n’étions pas si individualistes ? »). Pourtant le développement de l’intelligence impose un temps plus long au petit d’homme pour parvenir à l’autonomie. Lors même de notre naissance, nous sommes une espèce de prématuré qui continu de se développer en dehors du ventre de sa mère (voir la notion de néoténie). Nous avons dépassé notre vulnérabilité physique et psychique en nous alliant aux autres (pas avec tous mais avec un nombre limité, ce que Hume appelait une sphère de sympathie privilégiée) et en étant couvé plus longtemps au sein de la famille. Mais se sentir vulnérable nous pousse également soit à fuir, soit à attaquer. La vulnérabilité conduit… à la guerre préventive.

    C’est sans doute dans ce sentiment mêlé de force et de vulnérabilité qu’il faut comprendre la guerre économique et le besoin de se retourner contre les plus faibles…

    On retrouve le plus souvent deux approches face à cette difficulté :

    • La tradition misanthrope qui considère l’être humain comme la cause de tous les maux (en religion dans le pêché originel mais aussi dans certains courants écologiques qui considèrent l’humain comme un simple parasite de la planète ou encore dans certaines visions économiques ou l’humain est superflu faces aux forces de régulation du marché)

    • La tradition idéaliste qui cherche à remettre l’humain au centre. Mais cela ne résout pas le problème : la pulsion de destruction de l’être humain qui se sent vulnérable.

    Comment sortir de ce dilemme ? Dans les deux cas, nous cherchons juste à « faire sauter le verrou » comme si, une fois cela dépassé, l’humanité était réconciliée avec l’univers. Mais ce « verrou » est en fait le point de départ. Devenir humain est un long chemin et nous sommes en « hominescence », suivant le terme de Michel Serres.

    « On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré » (Albert Einstein)

    Keynes écrit dans la préface de « perspectives économiques pour nos petits enfants » (un des textes inclus dans Essais sur la monnaie et l’économie. Les cris de Cassandre) : « Et il se trouve que pour une subtile raison tirée de l’analyse économique, la foi, dans ce cas, peut agir. En effet, si nous agissons continûment sur la base d’une hypothèse optimiste, cette hypothèse tendra à devenir réalité, tandis que nous pouvons nous maintenir à jamais dans l’enfer du besoin en prenant pour base de nos actions une hypothèse pessimiste »

    Et si, plutôt que de rester hypnotisés par notre vulnérabilité et le risque de manquer de sécurité, nous concentrions notre attention sur la réalisation de soi, sur le sens ? Il s’agit là d’un véritable retournement copernicien : l’art de vivre peut alors être compris pas uniquement comme une question individuelle mais au contraire comme une question collective.

    Pourtant, il existe un triple changement qui pourrait représenter une opportunité pour modifier notre vision du monde :

    • Un changement d’air : le défi écologique

    • Un changement d’aire : notre rapport au territoire

    • Un changement d’ère : la sortie de l’ère industrielle et même des temps modernes

    Il existe un levier qui pourrait nous aider à développer cette nouvelle vision : l’émergence de ceux que l’on appelle les créatifs culturels et surtout la prise de conscience qu’ils représentent un nombre important.

    L’émergence des « créatifs culturels »

    Une étude, menée aux Etats Unis sur 100000 personnes avait pour but de comprendre comment se répartissent les conservateurs et les modernistes dans la culture américaine. Mais le résultat a fait apparaître une part importante (un quart) de réponses incohérentes, voire contradictoires. L’hypothèse a été faite alors de l’émergence d’un nouveau modèle de culture qui fut décrit comme les « cultural creatives ».

    Les créatifs culturels considèrent, contrairement aux autres familles socioculturelles, qu’il y a un lien entre la transformation personnelle et la transformation sociale. Ils ont un regard différent du reste de la population sur :

    • L’écologie, la planète et la nature

    • La place des femmes dans la société

    • L’importance respective d’être, d’avoir ou de paraître

    • Le développement personnel

    • La politique, l’économie et les enjeux sociétaux

    • L’ouverture culturelle

    L’enquête a ensuite été réalisée dans l’Union Européenne et a confirmé la même tendance. Les résultats de l’enquête française sont décrits dans le livre « les créatifs culturels en France » (éditions Yves Michel, Paris, mars 2007). Cinq grandes familles sont retenues (et non plus 2 ou 3 comme aux USA) :

    • Les « créatifs cultures » représentent 17% de la population française des plus de 15 ans (soit 8 millions de personnes)

    • La famille des « créatifs individualistes » (proche des créatifs culturels mais résistants aux aspects de développement personnel) sont 21%

    • Les « conservateurs modernes » représentent 20%

    • Les « désabusés sceptiques » et les « protectionnistes inquiets » cumulent 42%

    Les deux dernières familles (les « désabusés sceptiques » et les « protectionnistes inquiets ») regroupent une vision dépressive du monde. Elles se replient sur elles-mêmes et ont donc une influence moindre sur la société.

    Les deux premières familles (les « créatifs culturels » et les « créatifs individualistes ») représentent 38% de la population mais ont aujourd’hui un impact moindre sur la société car elles n’ont pas conscience de représenter plus qu’une catégorie marginale.

    C’est donc la famille socioculturelle des « conservateurs modernes » qui a aujourd’hui le plus d’influence sur la marche de la société.

    Une autre approche

    Nous pouvons nous appuyer sur des forces déjà en place bien que potentielles, pour faire évoluer la société et sortir enfin de la « phase de transition ». Cela nécessite une prise de conscience de l’importance de leur nombre par les tranches de la société qui pourraient apporter une nouvelle vision.

    Cette nouvelle vision consiste à appliquer à chaque domaine le principe proposé par Einstein (« On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré »). Ainsi, le problème des retraites est insoluble avec l’allongement de la durée de vie. Sans doute, d’autres pistes apparaîtraient en considérant les choses autrement et remplaçant le mot retraite par « libre activité » : une personne qui peut choisir librement son activité peut décider de ne rien faire, mais également peut préférer une activité qu’il aura choisie et dans laquelle son niveau d’implication sera par définition bien meilleure (voir la différence entre « mobiliser » et « s’impliquer » : Internet Tome 2 – services et usages de demain – chapitre 7 : l’appropriation des usages – encadré sur les projets coopératifs – page 97).

    Ainsi, en arrêtant de ne voir que les contraintes, nous pouvons focaliser notre esprit sur les opportunités et développer de nouvelles solutions.

    Le conflit d’intérêt

    Comment cette approche par les opportunités s’applique au conflit d’intérêt, un des aspects qui fait que l’homme semble ne pouvoir ressortir que la face destructive de sa double nature ?

    En cas de conflit d’intérêt « non-dit », l’homme est obligé de choisir :

    • L’altruisme : il va dans l’intérêt de l’autre (ou celui de la collectivité) à son propre détriment et se détruit lui-même…

    • L’individualisme : il privilégie son propre intérêt au détriment de l’autre ou des autres

    Dans les deux cas, il semble que nos actions ne puissent conduire qu’à la destruction (de nous même ou des autres)

    Pourtant, Patrick Viveret rappelle que « ce n’est jamais le désaccord qui est dangereux mais le malentendu ». Lorsque les choses sont explicitées, il est possible :

    • Soit de trouver une nouvelle approche qui fasse reconverger les intérêts (voir « la coopération, nouvelles approches »)

    • Soit de profiter du désaccord pour trouver une nouvelle approche (processus dialectique). Le mouvement alter-mondialiste a même lancé une « méthode de construction de désaccords ».

    La science politique s’est construite sur la résolution des conflits d’intérêts par arbitrage. Mais le mode même de résolution produit lui-même des conflits d’intérêts (éventuellement avec celui même qui est sensé trancher pour les résoudre). Au lieu de chercher à résoudre le problème de ces conflits ou pire à les cacher lorsqu’on ne peut les résoudre, sans doute faudrait-il les rendre au contraire explicite en cherchant d’abord à « se mettre d’accord sur l’objet du désaccord ». Deux fois sur trois, le désaccord est alors dépassé. Mais même si ce n’est pas le cas, le désaccord de sortie est alors infiniment plus riche que le désaccord d’entrée (voir Patrick Viveret, « coopération ou compétition en économie ? », page 26)

    Des logiques coopératives ET festives

    Le mouvement ouvrier du XIXème siècle a pu avancer car il avait choisi d’expérimenter sur lui-même de nouvelles idées sans attendre de les imposer à la société. Il a ainsi créé les mutuelles, la retraite, les syndicats… De même, le mouvement des créatifs culturels pourrait expérimenter sur lui-même ses nouvelles idées économiques et coopératives.

    Pour cela, il est important de sortir des messages qui nous sont martelés et qui captent notre attention jusqu’à nous hypnotiser. L’analyse transactionnelle définit cinq « messages contraignants ». Trois d’entre eux sont guerriers et les deux autres puritains : « sois parfait », « dépêche-toi », « sois fort », « fais un effort », « fais plaisir ». A ces messages, il nous faut opposer une logique coopérative mais aussi ludique et festive.

    Il existe plusieurs initiatives qui expérimentent ces nouvelles postures :

    • Le « Produit Intérieur Doux » des québécois

    • Le projet NANOUB : « nous allons nous faire du bien »

    • Le Collectif nouvelles richesses…

    A l’inverse, si nous nous approchons de ce que Patrick Viveret appelle les « zones à haute pathologie » (les malades du pouvoir et des différents messages contraignants identifiés par l’analyse transactionnelle), soit nous sommes contaminés, soit nous sommes désespérés. Nous devons donc nous protéger avec de la joie de vivre.

    La vrai radicalité n’est pas dans le fait de se battre contre (ce qui mène aux même mécanismes que ceux qui sont critiqués) mais plutôt dans les pratiques de convivialité.

    Patrick Viveret conclu : « choisir d’être heureux est un acte politique ». C’est sans doute la meilleure façon de modifier notre point de vu pour que, là où nous restions bloqués dans la gestion sans fin des contraintes, nous puissions développer de nouvelles opportunités.

    Voir également le site « Dialogues en humanité » : http://dialoguesenhumanite.free.fr/

    [Note : la proximité de mes travaux sur la coopération et sur l’économie d’abondance avec l’approche de Patrick Viveret m’avait été indiquée par Manu Bodinier dans un de ses commentaires sur mon livre « la coopération nouvelles approches »]

  • économie et coopération

    L’ : technologies, services et usages de demain tomes 1 & 2 cherche à définir la relation entre les approches plannifiées, économique et coopératives.

    Plusieurs modes de gestion de la rareté ou de l’imprévisibilité

    On y voir une double caractérisation de l’environnement : rareté ou abondance d’un coté et prévisibilité et imprévisibilité de l’autre. Ainsi :

    1. La plannification permet d’optimiser la gestion des ressources rares par la prévision
    2. La coopération permet de s’adapter à l’imprévisible grâce à une abondance de choix
    3. L’économie cherche à gérer des ressources rares sans prévoir mais par un mécanisme de régulation par les prix
    4. La gestion des ressources abondantes et prévisibles n’a pas été abordée mais semble (apparemment) plus simple

    La rareté et l’imprévisibilité sont des contraintes à gérer L’abondance et la prévisibilité comportent cependant leur propre difficulté de gestion (surinformation…)

    Coordination

    Outre la relation de ces modes de gestion en fonction de l’environnement, on peut aussi se poser la question de ? Trois possibilités ont été identifiées :

    1. Un agent particulier : le coordinateur d’un projet coopératif, l’état en économie keynésienne, le plannificateur…
    2. L’environnement : par la morphogénèse en coopératif, la main invisible du marché d’Adam Smith en économie
    3. Les agents eux-mêmes s’ils sont doués de capacité d’anticipation : les participants d’un projet coopératifs qui cherchent les actions non encore réalisées, les agents rationnels et individualistes de l’économiste
    4. ou bien une combinaison de tout cela

    On retrouve ces trois types de coordination dans les trois modes de gouvernance : réglementation, architecture et auto-régulation des acteurs (voir Internet tome 2 page 103) Il est intéressant de voir qu’en économie comme en coopération, il peut y avoir des visions différentes sur l’importance que doit avoir l’acteur régulateur (approches néoclassiques ou keynésienes). la question est aussi de voir à quel niveau intervient le régulateur : faciliter l’émergence d’un environnement favorable.

    La valeur

    Ce qui a de la valeur peut être très différente (voir ) :

    1. la rareté pour les choses (une matière première, un secret…)
    2. l’abondance pour les réseaux ou plus précisément les liens (le réseau téléphonique)
    3. l’aspect indispensable (que la chose soit abondante ou rare : exemple l’air ou l’eau)

    Regulations

    On peut distinguer plusieurs aspects de régulations dans les domaines économiques (rareté) ou coopératifs (abondance)

    Pour la Coopération

    • Inciter les acteurs à agir (à s’impliquer) : augmenter la motivation, diminuer les freins, diminuer le seuil de passage à l’acte
    • Résister à la non coopération (non action ou action adverse) : maitriser les tâches critiques, multiplier les opportunités, minimiser les besoins de départ
    • Faire converger l’intérêt collectif et les intérêts individuels : développer un environnement d’abondance (économie du don), donner une vision à long terme (augmenter le nombre d’interactions entre les acteurs) et développer une auto-évaluation globale en continu par les pairs (estime)

    Pour l’économie

    On peut se demander si de telles règles peuvent être trouvées pour l’économie (la gestion de biens rares) et si ils sont liés à ceux de la coopération ?

    • Inciter les acteurs à échanger : (voir en particulier les discussions sur le taux de rotation de la )
    • Résister à la non circulation de la monnaie (épargne)
    • Faire converger vers un équilibre : abondance de transactions (économie de transaction), nombre de transaction (durée des échanges), évaluation au niveau de chaque transaction par la fixation du prix.

    (Ceci est un premier essai très imparfait et à affiner) A noter que même lorsque l’on parle de rareté, il apparait des domaines d’abondance (et vice versa)

    Différences

    • L’économie est basés sur un rapport gagnant/perdant (si on avantage l’une des personnes dans la transaction on desavantage l’autre)
    • La coopération est basée sur un rapport gagnant/gagnant (mais le dilemme du prisionnier par exemple montre que même quand c’est le cas, les acteurs ne font pas toujour les bons choix. Cela est du à la non communication. On retrouve la même notion en économie avec la Selection adverse).
    • La contrepartie dans l’échange est mesurable pour l’économie (la monnaie. l’économie permet la fixation du prix par le jeu de l’offre et de la demande), et évaluable mais non mesurable dans le cas de la coopération (l’estime n’est pas mesurable, voir la page sur le )
  • Y a t’il une économie de l’abondance

    Apprendre également à réguler l’abondance pour choisir quel type de régulation choisir

    Jean-Michel Cornu

    1. L’abondance est un point de vue et en fonction de ce à quoi on croit, on crée une prophétie autoréalisatrice qui nous fonc basculer dans un des équilibres multiples possibles (cf la présentation de Bruno Ventelou à l’UPFing 2003)
    2. Avec la plannification et l’économie nous avons appris plusieurs façon de gérer la rareté. Il faut se poser la question sur la façon de gérer l’abondance pour choisir le mode de régulation le lus adapté en fonction du contexte et de nos objectifs
    3. On le voit dans l’économie du don : On a des systèmes en cas d’abondance qui ne sont plus transactionnels (système global non réductionniste) dont l’échange est évaluable mais non mesurable. Si la question du bien commun est liée à l’équilibre entre l’indivdu et le groupe, il semble que la question de l’économie de la rareté et l’économie de l’abondance soit également lié à l’équilibre entre la relation entre deux individus et la relation avec le groupe.

    La mythologie de l’abondance

    Alain Diribarne Nous sommes à une quatrième phase de l’histoire du monde qui passe de la rareté à une abondance

    • Chasse cueillette : phase de rareté
    • Agro pastorale
    • société industrielle croissance limitée car la consommation détruit le bien produit
    • Société de l’information : plus on consomme plus on produit

    Il faut le regarder sur trois plans

    • les concepts : On ne peut pas mettre dans le même panier richesse (mesurable) et abondance (mythe Rousseauiste de l’homme naturel) : construire le modèle économique de ce dernier type de société.
    • plan factuel : quel est le prélèvement de richesse sur les richesses pour consrver la richesse. Au-delà d’un certain point on consomme toute la richesse supplémentaire produite.
    • la philosophie politique : question de la propriété de la richesse et celle de la construction sociale et de type de gouvernement. Le modèle économique contient un principe d’équité.
    • Malthus : l’anti-thèse de l’abondance. « la pauvreté et la misère est provoquée par une montée trop rapide de la population ». Le modle de Malthus peut etre revisité car la richesse n’est pas limitée par la nature
    • Adam Schmit : un des auteurs du XVIII qui font une révolution culturelle (Maquiavel, Montesquieu) : transformer le vice en vertue – Les hommes sont cipides et individualistes, ils sont passionnés. Les passions modremment canalisées peuvent devenir des intérêtes qui peuvent être mobilisé pour la production de richesse. Les marchands prennent le pouvoir sur les princes. Si le mobile principal de l’homme est d’améliorer son sort, son action individuelle est positive.Dans ce cas, le modèle économique de l’aondance est celui du libéralisme, mais modifié par Keynes : il peut y a voir une insuffisance de demande par rappor à l’offre et donc l’action publique à sa place.
    • Schumpeter : Contre ce que disait Keynes (la demande est crée par l’offre) la logiquie schumpeterienne est principalement c’elle de l’offre (destruction créatrice et création nouvelle grace à l’innovation

    Il y a plusieurs approches : Théorie du déversement (d’un secteur économique dans un autre), théorie de l’offre de services nouveaux qui serait infinie, etc. La question qui est posée est le rapport du non marchand face au marchand. Faut il des solutions qui « sortent du marché » ? Dans un article de 2002 dans le monde, « Le déclin de l’Europe », Elie Cohen explique le différentiels de croissance les états unis ont adopté un développement schumpeterien alors que l’europe a adopté un modèle Keynesien. Il faudrait que l’Europe retrouve sa capacité Schumpeteriene qui était la sienne à l’époque médiévale ! A ce moment là on a une extension du monde. On a une tentative de régulation par l’église, une période d’innovation foisonnante autour des monastères (destinés à fabriquer des biens non marchand).

    Débat

    Deux questions :

    • Banalisation des produits
    • Economie de l’attention

    Il y a deux types de valeurs :

    • basée sur la rareté : l’attention, le temps, le tri de la bonne information et en plus adaptée à moi (perçue par l’offreur et par l’utilisateur : passer du générique au spécifique)
    • basée sur l’abondance : la loi de Metcalfe sur les réseaux qui ont plus de valeur lorsqu’il y a plus de personnes dessus.

    On a de la rareté dans l’abondance et vice versa. Il ne faut pas confondre le fait qu’il y ait des endroits où il y a de l’abondance et le paradigme de l’abondance. Il faut introduire deux notions antagonistes :

    • Gérer l’abondance
    • Gérer la rareté

    les deux sembles incompatibles mais la réalisté n’est ni rare ni abondante, il faut peut petre deux gestion incompatibles apliquées simultanément (de la même façon que sur un bateau il y a deux chefs : le chef de quart et le chef de pont – celui qui punit et celui qui récompense) pour résoudre cette équation irrésoluble. A l’époque médiévale le monastère permettait la régulation et le financement était sur les morts mais pas sur la ponction publique ou par les utilisateurs… Aujourd’hui le mouvement de développementdes fondations va dans le même sens. Dans le marché il y a une énorme part de non dit (le piratage des logiciels microsoft…). à la Fing on peut rendre transparent ces aspects. On s’approche vers quelle chose de très nouveau : des marchés sur lesquels il n’y a pas de non-dits. C’est surement nouveau mais probablement problématisable. Si on supprime la « zone grise » qui est la zone socialisable, on crée un nouveau marché (les photocopies hors université, le prêt hors bibliothèque) on crée un nouveau marché mais on crée un marché de contrôle. On repasse à la facturation à l’unité (qui est un retour en arrière au Minitel, à l’économie unqiement transactionnelle) mais on peut passer d’un modèle de la taxation à un modèle de de vente unitaire grâce à l’avancé des dispositifs de paiements pemettant de prélever des sommes faibles à coûts extrêmement faibles. L’élite pense le futur à l’intérieur d’un système qui, quoi qu’il arrive, permet aux personnes de faire des choses nouvelles mais in fine participent à une société de consommation. Il y a deux questions :

    • Comment avoir le minimum
    • Comment permettre à chacun d’arbitrer ses propres plaisirs

    L’économie telle qu’on la connait est peut être plus là pour minimiser les risques que pour maximiser les profits. mais il faut une deuxième forme de régulation pour cet autre aspect qui est la part d’abondance. Il y a plusieurs questions :

    • Celle du déplacement de la rareté (et pas seulement de l’abondance)
    • Celle de la pérennité de modèles marchands ou non marchands (certains réseaux – pas dans tous les cas – semblent atteindre un niveau de développement et une pérennité étonnante)
    • Il a des formes de mesure et de controle qui semblent ouvrir des développements infinis au marché tout en rajoutant plus de contrôle.
  • rareté et abondance

    Si l’économie ne prend en compte que la valeur définie par la rareté, il existe plusieurs autres formes de valeurs, parfois même opposées (voir le sur la différence entre opposés et inverses).

    Valeur basée sur la rareté

    La valeur, au sens économique est définie par la rareté (plus un bien est rare plus il acquière de valeur économique)

    • par exemple plus une matière première est rare plus elle a de la valeur. Moins il y a de personnes qui ont une information, plus elle a de valeur.
    Valeur basée sur l’abondance

    La valeur d’un réseau est proportionnel au carré du nombre de ses utilisateurs (loi de Metcalfe).

    • par exemple plus il y a de personnes abonnées au réseau téléphonique, plus il a d’intérêt pour moi d’en faire parti.
    Valeur en cas de manque

    Cette valeur est définie « en creux » : que ce passerait-il si je n’avais plus cela…

    • par exemple l’air est abondant et gratuit mais sa disparition mène à la mort. On observe actuellement le même phénomène sur l’eau potable qui devient rare. Mais si la rareté définit le prix, la valeur de l’air (abondant) ou de l’eau (devenue rare) est irremplacable…

    Ainsi la valeur économique (telle que définit actuellement) ne peut pas être le seul critère de valeur. Voir aussi la note de Manu Bodinier sur les travaux de Patrick Viveret dans son rapport « De nouveaux facteurs de richesses« 

  • Le Bien commun

    Sur l’économie du numérique on a une difficulté due au fait que les coûts marginaux sont nuls ou très faibles. Le coût initial devient primordial. Il devient donc deséquilibré d’utiliser une économie transactionnelle basée sur la commercialisation d’un produit dont le coût marginal est beaucoup plus faible que le prix de vente. Si on supprime le droit de reproduction (du fait du coût marginal nul) comme dans la GPL on sape un des fondements de la propriété. Par ailleurs, lorsque l’on a des biens non rivaux et non exclusifs, on a tendance à les transformer en bien publics, mais il peut y avoir des divergences entre l’intérêt de l’état et l’intérêt communs. Il faut donc prendre en compte également les biens communs (ce qui est différent du bien commun – au singulier) :

    • les biens publics
    • les biens privés
    • les biens communs
    • Le terme « good » dans l’expression « commons good » (un bien public) signifie « marchandise »… Pour ce qui de l’expression « le bien public » elle est trraduite par « common wellfare ».
    • Internet est un bien privé qui crée du bien public. Il existe des exemples inverse mais pas vraiment dans ce sens là… (Bettina Laville, Conseil d’Etat)
    • Il faudrait écrire une histoire positive de l’Internet et permettre aux autres pays de l’enrichir (Marc Agi, Académie Internationale des Droits de l’Homme)
  • La Monnaie

    Peut on agir sur la sphère monétaire pour agir sur la sphère réelle ? [3]

    Il y a trois approches dans les courants économiques :

    • Pour les néoclassiques, la monnaie est un voile et les phénomènes monétaires n’ont aucun effet sur les phénomènes réels (production, demande, emploi…)
    • Pour les keynésiens, les sphères monétaires et réelles sont interdépendantes. L’Etat doit intervenir sur les phénomènes monétaires pour corriger les deséquilibres réels
    • Pour les monétaristes (dont Milton Friedman) la sphère monétaire doit refléter la sphère réelle et tout desajustement est source de déséquilibre

    L’action sur le système monétaire financier

    • permet de résorber les déséquilibres réels (par l’inflation et l’endettement)
      • La création monétaire et l’endettement favorisent la demande, la consommation des ménages, les dépenses de l’Etat et les investissements des entreprises (cf trente glorieuses)
      • Une inflation modérée facilite la croissance économique en allégeant les charges des emprunteurs (en diminuant la valeur de la monnaie) et facilite le consensus social (en permettant des augmentations de salaire)
      • les interventions semblent pouvoir résorber en partie les déséquilibre extérieurs par la baisse des taux de change (devaluation compétitive) ou la baisse de l’inflation (désinflation compétitive)
    • mais ne fait souvent que les reporter et même parfois les agraver
      • L’inflation et l’endettement provoquent à terme des déséquilibres
      • La dévaluation et la désinflation ne sont des solutions qu’à court terme et peuvent même accentuer les déséquilibre à long terme
      • La forte financiarisation de l’économie incite les entreprises au placement financier plutôt qu’à l’investissement et favorise les raids financiers plutôt que les restructurations

    Il semble donc que la monnaie n’a pas de valeur intrinsèque et que toute intervention ne peut être efficace qu’à court terme. Peut-il exister d’autres possibilités d’action que l’inflation, l’endettement, la déflation ou la dévaluation ? Nous allons présenter ci-dessous l’approche de André-Jacques Holbecq [1] sur deux modes d’actions (non autorisés aujourd’hui) qu’il considère comme n’ayant pas les conséquences négatives réduisant à néant l’efficacité des corrections comme c’est le cas dans les exemples précédant : la création de monnaie ajustée à la production totale sans passer par l’emprunt et l’augmentation du taux de rotation de la monnaie par une « monnaie franche » qui perd de sa valeur au cours du temps

    Influence sur l’économie des intérêts sur la monnaie

    Les banques créent du crédit qui coûte des intérêts (pour ceux qui ont besoin d’argent) ou de l’épargne qui rapporte des intérêts (pour ceux qui en ont) mais il n’y a pas de rapport entre les deux (il n’est pas nécessaire que les sommes épargnées couvrent les crédits qui sont créés ex-nihilo par les banques)

    • Le système bancaire dans son ensemble crée donc ex-nihilo de la monnaie payante
    • Mais si le système bancaire crée l’argent des prêts, il ne crée pas l’argent des intérêts qui est prélevé de la sphère économique vers la sphère financière
    • voir « l’île aux naufragés » par Louis Even à propos de l’influence de l’intérêt sur la monnaie

    Les flux financiers dans la sphère financière

    L’argent est devenu une marchandise qui se vend et s’achète (indépendamment des autres échanges commerciaux). Les flux financiers représentent 1000 milliards d’euros par jour

    • Les échanges commerciaux ne réprésentent que 20 milliards d’euros par jour soit seulement 2% de ce montant (50 fois moins)
    • Il faudrait 40 milliards de dollards par an pour éradiquer la faim (800 millions de personnes sous alimentées), permettre l’accès à l’eau potable (1,5 milliards de personnes n’y ont pas accès), loger décemment chacun et combattre les grandes épidémies. Cela représente 0,01 % des flux financiers…

    Influence sur l’économie de la masse monétaire en circulation

    Production vendue et production totale

    Il y a une séparation entre l’économie réelle (la production) et l’économie monétaire (la masse monétaire, les prix). Voir Jean-Baptiste Say (1803) et Johen Stuart Mill (1848).

    • La production totale est égale à la production moyenne par actif par le nombre d’actifs au travail : PT = q x Na (1-t)
      • q : production moyenne par actif au travail ; N : population ; a : pourcentage d’actifs ; t : taux de chomage (en pourcentage des actifs)
    • La production vendue est égale à la Masse monétaire par sa vitesse de rotation : PV = M x v (Irving Fisher 1984)
      • La masse monétaire M1 regroupe la monnaie scripturale (billets, pièces, paiements à vue) mais ni les comptes sur livrets, ni les avoirs des banques ni les titres négociables émis par le trésor (elle représentait 2481 milliards de francs en 2000 en France). En Europe, on considère M3 qui inclut les dépots à vue rémunérés (les livrets d’épargne) et les dépots à terme (par exemple les Sicav). Mais elle fait donc appel à une « monnaie payante » crée ex-nihilo par les banques.
      • La vitesse de rotation est le nombre de circuits que réalise la monnaie en un an. Elle a été de 3,7 en France en 2000.
    • Si toute la production est vendue (et que la balance extérieure est nulle), on a PV = PT ou encore M x v = q x Na (1-t)

    Les monétaristes dont Milton Friedman pensent que la monnaie n’a pas d’influence durable sur la production, mais que la quantité de monnaie détermine le niveau général des prix et son taux de croissance détermine le taux d’inflation. Pour cela les monétariste cherchent à éviter une hausse excessive de la masse monétaire pour éviter l’inflation [3]. Mais une trop faible masse monétaire provoque une augmentation du taux de chomage et donc a un impact sur l’économie réelle. Cela a été constaté en 1979 lors de la mise en place d’une politique monétaire restrictive aux Etats-Unis qui a permis une désinflation avec une augmentation rapide des taux d’intérêts mais aussi du chomage.

    Le taux de chomage dépend du manque de masse monétaire

    • Si la masse monétaire est trop basse, le chomage augmente car toute la production ne peut être vendue : PV < PT
      • les magasins sont pleins mais les porte monnaies sont vides… pour éviter les invendus il faut baisser la production et donc mettre du monde au chomage
      • pour faire en sorte que toute la production soit vendue (PV = PT) il faut alors un taux de chomage plus élevé : t = 1 – (M x v)/(q x Na)
    • Si par contre la masse monétaire est trop grande (on a trop fait marché la « planche à billet »), on crée de l’inflation et les prix augmentent

    La monnaie n’est donc pas neutre et doit suivre l’augmentation ou la diminution de la production pour permettre de l’acheter

    • La monnaie ne peut être neutre que si elle existe en quantité suffisante pour permettre de réaliser les échanges.

    Quelques moyens d’action

    La production vendue et la production totale doivent pouvoir s’équilibrer.

    Actions sur la production totale (PT = q x Na (1-t))

    Si on laisse la production totale s’ajuster sans changer la production vendue

    • Si la production totale est trop faibe, la production vendue ne peut être supérieure à la production totale.
      1. On a alors de l’inflation (masse monétaire trop importante)
    • Si la production totale est trop forte, on a deux possibilités :
      1. une augmentation sans fin du chomage (cette augmentation fait baisser la production totale mais la masse monétaire utile pour les échanges économiques diminue toujours du fait des intérêts monétaires et donc la production vendue continue de baisser nécessitant de nouvelles baisses de la production totale par l’augmentation du taux de chomage)
      2. une une inflation des prix (Si on veut garder bas le taux de chomage, la production totale reste forte. Il faut compenser le manque à gagner de la production non vendue par une augmentation des prix )

    On peut difficilement jouer sur les autres facteurs en baissant la productivité (…) ou en diminuant le nombre d’actifs (en augmentant par exemple la somme des retraites à payer…)

    Actions sur la production vendue (PV = M x v)

    Il y a deux façon de jouer sur la production vendue : la masse monétaire et la vitesse de rotation de la monnaie

    Ajustement de la masse monétaire et endettement

    Pour être ajustée, la masse monétaire doit prendre en compte :

    • La production totale (pour permettre de l’acheter en totalité) qui dépend elle-même du taux de chomage et de la productivité moyenne
      • Il y a cependant un taux de chomage plancher (estimé à 2% par les économistes) et une capacité improductive des équipement inemployés
    • La part de la masse monétaire qui est tranférée du monde économique à la sphère financière pour payer l’intérêt de la « monnaie payante » produite par le système bancaire

    Pour ajuster la masse monétaire il existe deux possibilités traditionnelles

    1. soit l’Etat s’endette et augmente le déficit budgétaire car il doit emprunter au marché. Mais il augmente ainsi les intérêts à payer (en France les intérêts représentaient 256 milliards de francs en 2000 soit la même somme que la masse monétaire manquante pour assurer le plein emploi !)
    2. soit le déficit extérieur augmente permettant à la production achetée (nationale et internationale) d’être supérieure à la production totale.

    Les solutions proposées (déficit budgétaire ou extérieur, augmentation du chomage ou inflation) présentent de nombreux inconvénients. Il existe cependant deux autres solutions à étudier :

    1. La création de monnaie par l’état pour augmenter la masse monétaire sans s’endetter (à condition bien sûr que la planche à billet suive correctement la production totale pour éviter l’inflation)
    2. L’augmentation du taux de rotation de la monnaie pour augmenter la production vendue à masse monétaire égale (théorie de Gesell)
    Création de monnaie par l’Etat ou par l’endettement de l’Etat ?

    Les Etats ont abdiqués leur droit de créer de la monnaie et doivent « emprunter » au marché. Par ailleurs les taux de change des monnaies ne sont plus influencés que de façon marginale par les échanges économiques, les spéculations financières présentant des montants 50 fois plus importants. La banque centrale ne peut plus intervenir directement dans la création monétaire qui, pour l’essentiel, résulte de crédits accordés par les banques commerciales à leurs clients. Mais elle peut l’orienter en intervenant sur le marché monétaire : en offrant peu de liquidité aux banques et à des taux d’intérêts élevés, la banque centrale les oblige à limiter leurs prêts à leurs clients et donc à limiter la création monétaire (politique de l’Open Market). La banque centrale fixe donc des objectifs de croissance et intervient quotidiennement sur le marché monétaire mais ne crée pas directement de monnaie qui pourrait équilibrer la production vendue sans endettement (sans passer par les banques). Par ailleurs les banques interviennent sur M3 (y compris les dépots à vie et à terme) ne faisant plus de distinction entre la monnaie scripturale et la monnaie payante créée par le système bancaire. Par ailleurs, depuis la seconde moitié des années 80, la multiplication des produits financiers a supprimé la frontière entre la monnaie (ce qui est liquide) et l’épargne (ce qui est immobilisé). A cause de tout cela, les banques centrales ont renoncé peu à peu à leur volonté de controler la masse monétaire.

    Augmentation du taux de rotation : la « monnaie franche »

    Silvio Gesell propose une monnaie franche qui perd de sa valeur en fonction du temps. En fait ce n’est pas une monnaie car il n’y a pas d’intéret à la thésauriser. L’avantage de l’argent classique par rapport à la marchandise vient du fait que la marchandise perd de sa valeur avec le temps tandis que l’argent conserve la sienne. Dans le cas de la « monnaie franche » l’argent également perd de sa valeur.

    • Des coupons perdent 1% de leur valeur à date mensuelle fixe. On compense la perte par un timbre de 1% collé au dos du billet pour qu’il puisse circuler
    • Cela permet d’augmenter le taux de rotation de la monnaie d’un facteur 4 à un facteur 8
    • Keynes dans « la théorie générale d’emploi, intérêt et argent » (Londres 1936) écrit : « le futur apprendrait plus de l’esprit de Gesell que celui de Marx »

    Une association « franchiste » se créa en Allemagne en 1919. Il y a eu 20 cas d’utilisation dont trois en France (Lignières en Berry en 1956, Marance en 1957-58…) mais aussi Schwanenkirchen (Allemagne 1930-31), Wôrgl (Autriche 1932-33) ou Porto Alegre (Bresil 1958). Dans tous ces cas, ils ont permis des grandes métamophoses alors que sévissait de graves crises économiques. Les expériences ont été interdites par les banques ou les états… [1] source André-Jacques Holbecq « un regard citoyen sur l’économie » éditions Yves Michel – site de recherche et de travail collectif : http://www.societalism.org/tiki/ [2] Silvio Gesell, « l’ordre économique naturel » éditions Uromant, Bruxelles 1918 [3] D Chamblay, M Montoussé, G Renouard « 50 fiches pour comprendre les débats économiques actuels » Ed Bréal 2ème édition 1999