Et si les risques liés aux IA avancées obligeaient les entreprises à inventer de nouvelles formes de gouvernance, capables de prendre en compte autre chose que la seule rentabilité financière ?

Sciences économiques
Et si les risques liés aux IA avancées obligeaient les entreprises à inventer de nouvelles formes de gouvernance, capables de prendre en compte autre chose que la seule rentabilité financière ?

Cette conférence donnée le 9 janvier dans le cadre de la rencontre annuelle de AuCoffre.com permet de retrouver le travail sur l’innovation monétaire fait dans le cadre de la Fondation Internet Nouvelle Génération (voir la présentation Prezi) :
Un résumé des différents chapitres du livre « tirer bénéfice du don : pour soi, pour la société, pour l’économie » FYP editions 2013.
Mon nouveau livre parle du don. Celui-ci se développe dans la société, pas seulement auprès des organismes de charité et de ceux de don du sang, mais également entre particuliers. Pourtant contrairement à l’échange où près de 100% des dettes sont résolues, il existe des « passagers clandestins » dans le don qui profitent sans donner (du moins dans le don qui n’oblige aucune contre-partie des autres). En fait le don semble deux fois moins efficace que l’échange. Mais à l’inverse, le don crée plus de richesse que l’échange car il est basé sur la valeur d’usage : je peux faire quelque chose de facile pour moi qui ait une grande importance pour vous. Ainsi, dans certains cas, le don peut créer suffisamment de richesse pour compenser les passagers clandestins et être plus efficace que l’échange. La monnaie est un mécanisme qui permet de faciliter l’échange. Pourrait-on développer des « donnaies » pour faciliter le don ? Et si le don était la pièce manquante de l’économie ? [Lire un résumé détaillé] [Chapitre 2 : donner, une capacité naturelle mais limitée] [acheter sur Amazon] [acheter sur la Fnac] ISBN 978-2-916571-87-4 – FYP éditions 2013 96 pages – 9,90€ TTC
1 Introduction : Le don ? Quelle idée ! 2 Donner : une capacité naturelle mais limitée
7 Pour un retour vers le futur
Comment tirer bénéfice des nouvelles formes du don, pour soi, la société, et même l’économie ?
Dans cet ouvrage, Jean-Michel Cornu retrace l’histoire des échanges au sein des sociétés humaines et fournit une analyse technique, économique et sociétale du don. Il en décrit tous les différents aspects, les indicateurs de valeur, les mécanismes de régulation, les manières de le favoriser et d’en éviter les dérives.
Il montre comment le don peut être plus efficace économiquement que l’échange. Il permet de comprendre tous sesnouveaux mécanismes et en explique la mise en pratique, notamment par le système de la « donnaie ».
Cet ouvrage rigoureux tout en étant accessible au plus grand nombre, pose les fondations d’une nouvelle branche de l’économie.
Extrait du livre « tirer profit du don : pour soi, pour la société, pour l’économie« .
Pour en savoir plus : Quelques limites de notre cerveauNotre cerveau est coutumier de ces limites que nous avons parfois du mal à voir nous-mêmes. Nous sommes bien plus à l’aise pour connaître nos frontières plutôt que nos capacités. Prenez une photo avec un groupe de personnes, regardez-la puis cachez-la. Demandez-vous alors – a posteriori – combien y avait-il de monde sur cette photo. Si vous n’avez pas cherché à compter pendant que vous regardiez la photo, il va vous falloir compter les personnes une fois que vous n’avez plus l’image devant les yeux. Il y a fort à parier alors que si ce nombre est inférieur à cinq, vous pourrez y arriver facilement, au-delà de neuf, vous ne pourrez donner qu’un nombre approximatif qui, accidentellement, peut tomber juste… Entre cinq et neuf, certains d’entre nous arriverons à compter après coup, d’autres non, cela dépend de la taille d’une de nos mémoires de travail [3] et aussi du nombre de choses qui encombrent déjà notre tête… Cela est valable pour les personnes, les objets, mais aussi les idées et concepts avec lesquels nous pensons. Ainsi, notre capacité à conserver des idées en tête pour les relier ensuite est limitée à « sept plus ou moins deux » [4]. Sans outils ou méthodes, nous avons du mal à aller plus loin [5].
Lorsque les idées sont cette fois liées sous la forme d’une chaîne pour former un discours, nous ne pouvons en conserver à l’esprit que trois. Il s’agit d’une autre limite de notre cognition [6]. Cela ne veut pas dire que nous ne pouvons pas enchaîner plus de trois idées, puisque nous avons plutôt tendance à ne jamais nous arrêter de parler… Cela veut dire que nous utilisons un instrument – le langage symbolique – pour nous permettre de dépasser nos limitations cognitives, contrairement aux animaux qui restent limités dans leur propre langage.
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Le nombre de Dunbar serait-il donc la limite de notre capacité naturelle à donner et échanger ? Dans les faits, on observe plutôt ce type de comportement au sein de petits groupes d’une douzaine de personnes maximum : une famille, un groupe humain avant la constitution des villages au Néolithique, mais aussi au travail, dans une équipe sportive ou encore dans un groupe de réflexion… Jean-François Noubel parle d’intelligence collective originelle [7]. Bien sûr un orchestre rassemble plus de 10 musiciens et peut aller jusqu’à plus de 100 pour un grand orchestre symphonique. Il est alors nécessaire d’avoir un chef d’orchestre, une personne sur laquelle tous les musiciens doivent se focaliser pour jouer ensemble. Les petits orchestres de Jazz qui n’ont personne pour assurer la direction, contrairement aux big bands, restent limités à une douzaine de personnes. Pour comprendre cette différence, nous allons devoir regarder plus en détail notre relation au groupe.
Pour en savoir plus : Les alliances chez les animauxIl ne faut pas confondre le troupeau ou la meute à laquelle on appartient depuis sa naissance et l’alliance où les membres se sont choisis les uns les autres pour un objectif commun. Il existe de nombreuses alliances chez les animaux et même les végétaux, mais elles sont la plupart du temps limitées à deux. On parle de symbiose lorsque qu’il s’agit d’alliance entre des espèces différentes, par exemple le lichen, qui réunit une algue unicellulaire et un champignon, ou encore entre l’abeille et la fleur. C’est également le cas avec le crocodile qui se fait aider par le pluvian d’Égypte, un oiseau qui profite de ce que le crocodile ouvre grand sa gueule pour nettoyer ses dents en mangeant les restes de nourriture. L’intestin humain vit en symbiose avec plus de 1 000 espèces de bactéries pour faciliter la digestion de l’homme et la survie des bactéries. Mais il s’agit toujours d’un ensemble de symbioses à « deux à deux », car les bactéries profitent de l’humain plutôt que de leurs voisines.
Existe-t-il des symbioses à trois ?
Le monotrope [11] est un genre de plante qui ne dispose pas de chlorophylle. Elle tire son énergie et son alimentation d’un champignon, qui lui-même vit en symbiose avec des arbres. Mais il s’agit plutôt de parasitisme, car le champignon ne bénéficie pas de sa relation avec le monotrope…
La première définition du terme « symbiotismus », que l’on doit à Albert Bernhard Frank, parlait de vie en association de différentes espèces. Mais aujourd’hui, le terme de symbiose utilise la définition de Pierre-Joseph van Beneden : une association à bénéfice mutuel excluant donc le parasitisme.
Il existe cependant des alliances à trois chez les animaux disposants de capacités cognitives supérieures : les grands singes et certains cétacés. Les grands dauphins de Shark Bay (Australie occidentale) sont même capables de faire des alliances d’alliances [12] : la première alliance se fait entre deux ou trois dauphins mâles qui vont s’allier autour d’une femelle pour se reproduire, tout en empêchant d’autres mâles de s’accoupler avec elle. Ils peuvent ainsi dormir ou aller chercher de la nourriture à tour de rôle sans la perdre de vue. Mais ces alliances se regroupent en « super-alliances » pour s’approprier les femelles des autres ou, au contraire, pour protéger les leurs. Ainsi, les grands dauphins de Shark Bay peuvent s’unir de façon stable, à plus de trois, par cette alliance à plusieurs niveaux. Il existe même une possibilité d’alliance de troisième niveau entre ces super-alliances, mais cette fois beaucoup plus ponctuellement. Seul l’être humain arrive à faire naturellement des alliances à plus de trois… jusqu’à une douzaine de personnes.
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Pour en savoir plus : le sage regarde la Lune… le singe regarde le doigtPrenons deux bols retournés. Sous l’un d’eux se trouve de la nourriture, et rien sous le deuxième. Il n’est donc pas possible de savoir ce qu’il y a sous le bol sans le soulever. Si l’on montre du doigt le bol où se trouve la nourriture, un enfant, même s’il ne sait pas encore parler, comprend qu’il y a quelque chose d’intéressant dessous et va s’y précipiter. Dans la même situation, un singe ne bougera pas. En revanche, au lieu de montrer du doigt, si nous simulons par le geste le fait de vouloir prendre ce qu’il y a dessous, alors le singe, comme l’enfant, comprent qu’il s’y cache quelque chose d’intéressant. Que s’est-il passé ? Dans le premier cas, le fait de montrer du doigt indique une chose intéressante, mais ne signifie pas que l’on peut l’avoir rapidement, avant les autres. Pourquoi donnerions-nous aux autres une information dont ils profiteraient, plutôt que de la garder pour nous-mêmes ? Le singe ne comprend pas. Mais ce comportement apparemment altruiste nous apporte un autre avantage : nous donnons des informations utiles, nous devenons donc désirables pour créer une alliance avec l’autre ou entrer dans une alliance déjà constituée. « Quand le sage montre la Lune, le fou regarde le doigt », dit le proverbe chinois. Le fou perd une information donnée par le sage qui pourrait lui être précieuse.
Une autre particularité nous distingue des autres primates. Le blanc de nos yeux (la sclère) est visible même quand nous regardons devant nous, et il est bien plus grand et brillant que celui des autres singes. Cette particularité semble lui permettre d’indiquer aux autres humains où diriger leur attention. Les chercheurs de l’institut Max-Planck d’anthropologie évolutionniste, à Leipzig, en Allemagne, ont fait une expérience pour comparer la réaction de chimpanzés, de gorilles et de bonobos avec celles de jeunes humains de 18 mois. Un expérimentateur adulte capte le regard de l’enfant ou de l’animal, et ensuite regarde le plafond. Il fait cela en ne bougeant que les yeux, en bougeant la tête et les yeux, en ne bougeant que la tête les yeux fermés, et enfin en se tournant pour ne bouger que la tête de dos. Les animaux ont accordé plus d’attention à la direction pointée par la tête, alors que les jeunes humains accordaient plus d’attention à la direction du regard et avaient une relative indifférence à la direction pointée par la tête [20].
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Si l’homme désigne à peu près tout (même avant de savoir parler), que ce soit du doigt ou du regard, les autres animaux ne désignent que les prédateurs et les proies (où l’avantage de l’alliance est immédiat). Cette capacité à attirer l’attention et à fournir des informations pour être plus facilement intégré dans les alliances pourrait être également à l’origine du langage symbolique, selon certains chercheurs [21]. Comme nous l’avons vu, les hommes comme les autres animaux ne peuvent enchaîner plus de trois étapes pour former un discours du fait de la limitation d’une de nos mémoires de travail (qui nous permettent de conserver à l’esprit un certain nombre de concepts). L’invention du langage symbolique nous a permis de briser cette barrière pour donner ainsi bien plus d’informations à nos congénères. Il se trouve que si nous pouvons parler aux autres, nous pouvons également nous parler à nous-mêmes, ce qui nous permet de penser. Notre intelligence n’est peut-être qu’un simple résultat du développement de notre capacité d’alliance…
En résumé :Le don, tout comme l’échange, est une capacité naturelle de l’homme. Mais la confiance qui permet de créer des alliances nécessite d’avoir une vue d’ensemble des différents liens dans le groupe (une vision holoptique).
Ainsi le don et l’échange naturels sont limités, probablement aux environs d’une douzaine de personnes, pour des raisons cognitives (le nombre de Dunbar).
Il est possible de dépasser nos limitations cognitives à l’aide d’outils. C’est le cas de la monnaie, qui nous permet d’échanger avec un grand nombre de personnes. Pourrait-on disposer d’un tel mécanisme pour faciliter le don dans les grands groupes ?
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Patrick Viveret est l’auteur du rapport « les nouveaux facteurs de richesse » et du livre « reconsidérer la recherche » (pdf). Ce billet présente quelques reflexions issue de la conférence qu’il a donné le 5 avril 2007 au cours de laquelle il a présenté son dernier livre « pourquoi çà ne va pas plus mal ».
L’homme est arrivé à un tournant. Il pouvait auparavant modifier ou détruire une partie de la planète (sa niche écologique) ou de son espèce ; Il est devenu capable aujourd’hui de détruire l’intégralité de son espèce ou de sa niche écologique.
L’aventure humaine pourrait se terminer de différentes façons :
La guerre économique : nous ne sommes pas dans un système de concurrence (courir ensemble) mais dans une logique guerrière où nous nous retournons contre plus faible que nous et où l’intérêt individuel se retrouve le plus souvent en conflit avec l’intérêt de l’ensemble de la société.
Par le dérèglement climatique (terme plus adapté que réchauffement climatique), qui pourrait aboutir à la destruction de la niche écologique de l’homme (« le défi EGOlogique est bien plus dur à traiter que le défi écologique »…). Le dérèglement climatique a été démontré comme une conséquence du premier point.
La guerre économique, prévue au départ pour réguler les échanges entre les hommes, représente donc le principal danger pour sa survie. Comment faire pour que l’homme, qu’Edgar Morin qualifie « d’homo sapiens demiens » puisse profiter de la face positive de sa double nature pour continuer et transcender sa propre aventure ?
Il y a eu une déviation, qui fait qu’aucune autre société n’a accordé une telle importance à l’économie. Habituellement, l’économie est subordonnée à des activités jugées plus fondamentales : la religion, la politique, la culture, la philosophie… il se crée alors un équilibre entre les différentes formes de régulation : économie, état, solidarité (économie du don)…
Cela s’est fait en plusieurs étapes :
Au moyen âge, se crée la notion de péché mortel dont l’exemple par excellence était le prêt par intérêt. L’intérêt fait que l’homme crée de l’argent alors que seul Dieu peut créer. Si on a dégagé un intérêt financier d’une action, il faut le rembourser (à l’exception de la part qui représente un service réel qui est estimée à 5%). Le péché mortel envoyait directement en enfer dans une chrétienté qui proposait une vision extrêmement bipolaire du monde (le bien/le mal, le paradis/l’enfer) très probablement sous l’influence du manichéisme (III et IVème siècles) qu’elle a pourtant combattu.
Au XIIème siècle, le purgatoire est inventé. Le système binaire devient ternaire. L’accumulation du capital envoie au purgatoire qui n’est plus aussi définitif que l’enfer (Jacques Le Goff , La Bourse et la vie : économie et religion au Moyen Âge, Hachette Littératures, Paris 1986).
Avec la réforme protestante au XVIème siècle, la richesse devient licite. Elle est même un indicateur de salut. C’est la jouissance de cette richesse qui interdite.
Les temps modernes sont caractérisés par ce que Max Weber considère comme un passage de l’économie du salut (la foi) vers le salut par l’économie.
Les temps modernes ont apporté l’individuation, l’émancipation mais aussi l’individualisme (l’économie est prévue pour gérer la rareté et nécessite un « agent » individuel et rationnel). Les sociétés traditionnelles, à l’inverse, étaient basées sur le sens et le lien social. Mais le sens était imposé et le lien social avant tout basé sur un contrôle des individus.
Comment sortir de la modernité ? Cela peut se faire
soit par une régression (un retour à une société du contrôle et une perte de l’individuation)
soit en cherchant à conserver le meilleur des sociétés traditionnelles (sens et lien social) et de la modernité (individuation et émancipation)
Pourtant, bien qu’elle ait été créée pour résoudre un problème de rareté, l’économie n’a été prévue que comme une phase de transition pour arriver à une autre société :
Pour Adam Smith, le rôle de l’économie était d’organiser l’abondance afin de réunir les conditions pour construire ensuite une « république philosophique »
D’une certaine façon, Marx dit la même chose en indiquant à terme la sortie du règne de la nécessité pour entrer dans le règne de la liberté
Keynes considérait que l’économie à terme devait occuper une place réduite dans l’activité sociale ; et que les économistes devaient accepter que leur rôle ne soit pas plus important que celui des « dentistes ».
De nos jours, le programme économique a été réalisé, contrairement aux apparences : nous sommes en surproduction depuis 1930 et le monde en général est actuellement trois fois plus riche qu’il ne l’était en 1960 avec pourtant un tiers de travail en moins.
Plus édifiant encore, le Programme des Nations Unis pour le Développement (Pnud) a évalué à 100 milliards de dollars la somme à trouver par an pour éradiquer la faim, permettre l’accès à l’eau potable pour tous, pour les loger décemment et combattre les grandes épidémies. Cette somme est à comparer avec les 2500 milliards de dollars que représentent le marché des stupéfiants (qui prolifère sur le mal être), celui des armes (qui prolifère sur la peur) et celui de la publicité (qui prolifère grâce aux « cerveaux disponibles » dont parle Patrick Lelay).
Si le programme économique de sortie de la rareté a été accompli, pourquoi ne passe-t-on pas à autre chose ? A l’étape suivante de réalisation de l’homme ? (Maslow, dans sa célèbre pyramide, explique qu’il y a une hiérarchie des besoins, depuis la survie et la sécurité, jusqu’à la réalisation de soi).
Nous sommes donc dans une guerre économique sans cause économique mais avec une formidable dérivation de la richesse. Pour Patrick Viveret, nous sommes dans un incroyable processus d’évitement : l’économie qui devait organiser l’abondance pour passer ensuite à la « république philosophique » d’Adam Smith, est restée bloquée et gère avant tout le mal être. « L’envie d’être » a été remplacée par « l’envie d’avoir » ou même « la peur de ne pas avoir ».
La notion de dépense a été étudiée par Georges Bataille non sous l’angle de la nécessité, mais sous celui du luxe (La Notion de dépense puis La Part maudite, Minuit Critique , 1967). Même lorsque nous atteignons l’abondance, nous nous soumettons à ce que la Boetie a appelé la « servitude volontaire » (discours de la servitude volontaire). Nous dépensons et nous nous créons des besoins supplémentaires de sécurité (et de reconnaissance des autres) pour ne pas passer aux étapes suivantes (« estime de soi » puis réalisation de soi » dans la pyramide de Maslow).
John Maynard Keynes expliquait déjà en 1930 (Essais sur la monnaie et l’économie. Les cris de Cassandre, Paris, Payot, 1972) que les sociétés humaines se sont organisées pour lutter contre la pénurie et ne sont pas préparées culturellement à la sortie de la rareté. « Je songe avec terreur au réajustement de ses habitudes que l’homme devra effectuer. Il lui faudra se débarrasser en quelques décennies de ce qui lui a été inculqué au cours des générations multiples. Ne faut-il pas s’attendre à une dépression nerveuse collective ? »
Pourquoi restons-nous au milieu du gué, embourbé dans le mal être, alors même que nous avons réussi à produire plus que nécessaire pour assurer la sécurité matérielle de l’ensemble des hommes ? Pourquoi donc ne pouvons nous pas passer à l’étape suivante de la « république philosophique » et cherchons-nous à prolonger la phase intermédiaire au risque de détruire la planète et nous même ?
Freud, dans « malaise dans la civilisation » (PUF, 2004), parle de pulsion de mort (Tanatos) (voir le résumé sur Wikipédia)
Sans doute faut-il revenir à ce qui fait l’espèce humaine. Nous sommes une espèce vulnérable. Notre survie est sans doute due à notre capacité à faire des alliances volontaires avec nos congénères, ce qui pourrait nous avoir apporté la capacité de communiquer par le discours et partant, l’intelligence (voir mon billet sur « et si nous n’étions pas si individualistes ? »). Pourtant le développement de l’intelligence impose un temps plus long au petit d’homme pour parvenir à l’autonomie. Lors même de notre naissance, nous sommes une espèce de prématuré qui continu de se développer en dehors du ventre de sa mère (voir la notion de néoténie). Nous avons dépassé notre vulnérabilité physique et psychique en nous alliant aux autres (pas avec tous mais avec un nombre limité, ce que Hume appelait une sphère de sympathie privilégiée) et en étant couvé plus longtemps au sein de la famille. Mais se sentir vulnérable nous pousse également soit à fuir, soit à attaquer. La vulnérabilité conduit… à la guerre préventive.
C’est sans doute dans ce sentiment mêlé de force et de vulnérabilité qu’il faut comprendre la guerre économique et le besoin de se retourner contre les plus faibles…
On retrouve le plus souvent deux approches face à cette difficulté :
La tradition misanthrope qui considère l’être humain comme la cause de tous les maux (en religion dans le pêché originel mais aussi dans certains courants écologiques qui considèrent l’humain comme un simple parasite de la planète ou encore dans certaines visions économiques ou l’humain est superflu faces aux forces de régulation du marché)
La tradition idéaliste qui cherche à remettre l’humain au centre. Mais cela ne résout pas le problème : la pulsion de destruction de l’être humain qui se sent vulnérable.
Comment sortir de ce dilemme ? Dans les deux cas, nous cherchons juste à « faire sauter le verrou » comme si, une fois cela dépassé, l’humanité était réconciliée avec l’univers. Mais ce « verrou » est en fait le point de départ. Devenir humain est un long chemin et nous sommes en « hominescence », suivant le terme de Michel Serres.
Keynes écrit dans la préface de « perspectives économiques pour nos petits enfants » (un des textes inclus dans Essais sur la monnaie et l’économie. Les cris de Cassandre) : « Et il se trouve que pour une subtile raison tirée de l’analyse économique, la foi, dans ce cas, peut agir. En effet, si nous agissons continûment sur la base d’une hypothèse optimiste, cette hypothèse tendra à devenir réalité, tandis que nous pouvons nous maintenir à jamais dans l’enfer du besoin en prenant pour base de nos actions une hypothèse pessimiste »
Et si, plutôt que de rester hypnotisés par notre vulnérabilité et le risque de manquer de sécurité, nous concentrions notre attention sur la réalisation de soi, sur le sens ? Il s’agit là d’un véritable retournement copernicien : l’art de vivre peut alors être compris pas uniquement comme une question individuelle mais au contraire comme une question collective.
Pourtant, il existe un triple changement qui pourrait représenter une opportunité pour modifier notre vision du monde :
Un changement d’air : le défi écologique
Un changement d’aire : notre rapport au territoire
Un changement d’ère : la sortie de l’ère industrielle et même des temps modernes
Il existe un levier qui pourrait nous aider à développer cette nouvelle vision : l’émergence de ceux que l’on appelle les créatifs culturels et surtout la prise de conscience qu’ils représentent un nombre important.
Une étude, menée aux Etats Unis sur 100000 personnes avait pour but de comprendre comment se répartissent les conservateurs et les modernistes dans la culture américaine. Mais le résultat a fait apparaître une part importante (un quart) de réponses incohérentes, voire contradictoires. L’hypothèse a été faite alors de l’émergence d’un nouveau modèle de culture qui fut décrit comme les « cultural creatives ».
Les créatifs culturels considèrent, contrairement aux autres familles socioculturelles, qu’il y a un lien entre la transformation personnelle et la transformation sociale. Ils ont un regard différent du reste de la population sur :
L’écologie, la planète et la nature
La place des femmes dans la société
L’importance respective d’être, d’avoir ou de paraître
Le développement personnel
La politique, l’économie et les enjeux sociétaux
L’ouverture culturelle
L’enquête a ensuite été réalisée dans l’Union Européenne et a confirmé la même tendance. Les résultats de l’enquête française sont décrits dans le livre « les créatifs culturels en France » (éditions Yves Michel, Paris, mars 2007). Cinq grandes familles sont retenues (et non plus 2 ou 3 comme aux USA) :
Les « créatifs cultures » représentent 17% de la population française des plus de 15 ans (soit 8 millions de personnes)
La famille des « créatifs individualistes » (proche des créatifs culturels mais résistants aux aspects de développement personnel) sont 21%
Les « conservateurs modernes » représentent 20%
Les « désabusés sceptiques » et les « protectionnistes inquiets » cumulent 42%
Les deux dernières familles (les « désabusés sceptiques » et les « protectionnistes inquiets ») regroupent une vision dépressive du monde. Elles se replient sur elles-mêmes et ont donc une influence moindre sur la société.
Les deux premières familles (les « créatifs culturels » et les « créatifs individualistes ») représentent 38% de la population mais ont aujourd’hui un impact moindre sur la société car elles n’ont pas conscience de représenter plus qu’une catégorie marginale.
C’est donc la famille socioculturelle des « conservateurs modernes » qui a aujourd’hui le plus d’influence sur la marche de la société.
Nous pouvons nous appuyer sur des forces déjà en place bien que potentielles, pour faire évoluer la société et sortir enfin de la « phase de transition ». Cela nécessite une prise de conscience de l’importance de leur nombre par les tranches de la société qui pourraient apporter une nouvelle vision.
Cette nouvelle vision consiste à appliquer à chaque domaine le principe proposé par Einstein (« On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont engendré »). Ainsi, le problème des retraites est insoluble avec l’allongement de la durée de vie. Sans doute, d’autres pistes apparaîtraient en considérant les choses autrement et remplaçant le mot retraite par « libre activité » : une personne qui peut choisir librement son activité peut décider de ne rien faire, mais également peut préférer une activité qu’il aura choisie et dans laquelle son niveau d’implication sera par définition bien meilleure (voir la différence entre « mobiliser » et « s’impliquer » : Internet Tome 2 – services et usages de demain – chapitre 7 : l’appropriation des usages – encadré sur les projets coopératifs – page 97).
Ainsi, en arrêtant de ne voir que les contraintes, nous pouvons focaliser notre esprit sur les opportunités et développer de nouvelles solutions.
Comment cette approche par les opportunités s’applique au conflit d’intérêt, un des aspects qui fait que l’homme semble ne pouvoir ressortir que la face destructive de sa double nature ?
En cas de conflit d’intérêt « non-dit », l’homme est obligé de choisir :
L’altruisme : il va dans l’intérêt de l’autre (ou celui de la collectivité) à son propre détriment et se détruit lui-même…
L’individualisme : il privilégie son propre intérêt au détriment de l’autre ou des autres
Dans les deux cas, il semble que nos actions ne puissent conduire qu’à la destruction (de nous même ou des autres)
Pourtant, Patrick Viveret rappelle que « ce n’est jamais le désaccord qui est dangereux mais le malentendu ». Lorsque les choses sont explicitées, il est possible :
Soit de trouver une nouvelle approche qui fasse reconverger les intérêts (voir « la coopération, nouvelles approches »)
Soit de profiter du désaccord pour trouver une nouvelle approche (processus dialectique). Le mouvement alter-mondialiste a même lancé une « méthode de construction de désaccords ».
La science politique s’est construite sur la résolution des conflits d’intérêts par arbitrage. Mais le mode même de résolution produit lui-même des conflits d’intérêts (éventuellement avec celui même qui est sensé trancher pour les résoudre). Au lieu de chercher à résoudre le problème de ces conflits ou pire à les cacher lorsqu’on ne peut les résoudre, sans doute faudrait-il les rendre au contraire explicite en cherchant d’abord à « se mettre d’accord sur l’objet du désaccord ». Deux fois sur trois, le désaccord est alors dépassé. Mais même si ce n’est pas le cas, le désaccord de sortie est alors infiniment plus riche que le désaccord d’entrée (voir Patrick Viveret, « coopération ou compétition en économie ? », page 26)
Le mouvement ouvrier du XIXème siècle a pu avancer car il avait choisi d’expérimenter sur lui-même de nouvelles idées sans attendre de les imposer à la société. Il a ainsi créé les mutuelles, la retraite, les syndicats… De même, le mouvement des créatifs culturels pourrait expérimenter sur lui-même ses nouvelles idées économiques et coopératives.
Pour cela, il est important de sortir des messages qui nous sont martelés et qui captent notre attention jusqu’à nous hypnotiser. L’analyse transactionnelle définit cinq « messages contraignants ». Trois d’entre eux sont guerriers et les deux autres puritains : « sois parfait », « dépêche-toi », « sois fort », « fais un effort », « fais plaisir ». A ces messages, il nous faut opposer une logique coopérative mais aussi ludique et festive.
Il existe plusieurs initiatives qui expérimentent ces nouvelles postures :
Le « Produit Intérieur Doux » des québécois
Le projet NANOUB : « nous allons nous faire du bien »
Le Collectif nouvelles richesses…
A l’inverse, si nous nous approchons de ce que Patrick Viveret appelle les « zones à haute pathologie » (les malades du pouvoir et des différents messages contraignants identifiés par l’analyse transactionnelle), soit nous sommes contaminés, soit nous sommes désespérés. Nous devons donc nous protéger avec de la joie de vivre.
La vrai radicalité n’est pas dans le fait de se battre contre (ce qui mène aux même mécanismes que ceux qui sont critiqués) mais plutôt dans les pratiques de convivialité.
Patrick Viveret conclu : « choisir d’être heureux est un acte politique ». C’est sans doute la meilleure façon de modifier notre point de vu pour que, là où nous restions bloqués dans la gestion sans fin des contraintes, nous puissions développer de nouvelles opportunités.
Voir également le site « Dialogues en humanité » : http://dialoguesenhumanite.free.fr/
[Note : la proximité de mes travaux sur la coopération et sur l’économie d’abondance avec l’approche de Patrick Viveret m’avait été indiquée par Manu Bodinier dans un de ses commentaires sur mon livre « la coopération nouvelles approches »]
Il y a trois approches dans les courants économiques :
L’action sur le système monétaire financier
Il semble donc que la monnaie n’a pas de valeur intrinsèque et que toute intervention ne peut être efficace qu’à court terme. Peut-il exister d’autres possibilités d’action que l’inflation, l’endettement, la déflation ou la dévaluation ? Nous allons présenter ci-dessous l’approche de André-Jacques Holbecq [1] sur deux modes d’actions (non autorisés aujourd’hui) qu’il considère comme n’ayant pas les conséquences négatives réduisant à néant l’efficacité des corrections comme c’est le cas dans les exemples précédant : la création de monnaie ajustée à la production totale sans passer par l’emprunt et l’augmentation du taux de rotation de la monnaie par une « monnaie franche » qui perd de sa valeur au cours du temps
Les banques créent du crédit qui coûte des intérêts (pour ceux qui ont besoin d’argent) ou de l’épargne qui rapporte des intérêts (pour ceux qui en ont) mais il n’y a pas de rapport entre les deux (il n’est pas nécessaire que les sommes épargnées couvrent les crédits qui sont créés ex-nihilo par les banques)
L’argent est devenu une marchandise qui se vend et s’achète (indépendamment des autres échanges commerciaux). Les flux financiers représentent 1000 milliards d’euros par jour
Il y a une séparation entre l’économie réelle (la production) et l’économie monétaire (la masse monétaire, les prix). Voir Jean-Baptiste Say (1803) et Johen Stuart Mill (1848).
Les monétaristes dont Milton Friedman pensent que la monnaie n’a pas d’influence durable sur la production, mais que la quantité de monnaie détermine le niveau général des prix et son taux de croissance détermine le taux d’inflation. Pour cela les monétariste cherchent à éviter une hausse excessive de la masse monétaire pour éviter l’inflation [3]. Mais une trop faible masse monétaire provoque une augmentation du taux de chomage et donc a un impact sur l’économie réelle. Cela a été constaté en 1979 lors de la mise en place d’une politique monétaire restrictive aux Etats-Unis qui a permis une désinflation avec une augmentation rapide des taux d’intérêts mais aussi du chomage.
La monnaie n’est donc pas neutre et doit suivre l’augmentation ou la diminution de la production pour permettre de l’acheter
La production vendue et la production totale doivent pouvoir s’équilibrer.
Si on laisse la production totale s’ajuster sans changer la production vendue
On peut difficilement jouer sur les autres facteurs en baissant la productivité (…) ou en diminuant le nombre d’actifs (en augmentant par exemple la somme des retraites à payer…)
Il y a deux façon de jouer sur la production vendue : la masse monétaire et la vitesse de rotation de la monnaie
Pour être ajustée, la masse monétaire doit prendre en compte :
Pour ajuster la masse monétaire il existe deux possibilités traditionnelles
Les solutions proposées (déficit budgétaire ou extérieur, augmentation du chomage ou inflation) présentent de nombreux inconvénients. Il existe cependant deux autres solutions à étudier :
Les Etats ont abdiqués leur droit de créer de la monnaie et doivent « emprunter » au marché. Par ailleurs les taux de change des monnaies ne sont plus influencés que de façon marginale par les échanges économiques, les spéculations financières présentant des montants 50 fois plus importants. La banque centrale ne peut plus intervenir directement dans la création monétaire qui, pour l’essentiel, résulte de crédits accordés par les banques commerciales à leurs clients. Mais elle peut l’orienter en intervenant sur le marché monétaire : en offrant peu de liquidité aux banques et à des taux d’intérêts élevés, la banque centrale les oblige à limiter leurs prêts à leurs clients et donc à limiter la création monétaire (politique de l’Open Market). La banque centrale fixe donc des objectifs de croissance et intervient quotidiennement sur le marché monétaire mais ne crée pas directement de monnaie qui pourrait équilibrer la production vendue sans endettement (sans passer par les banques). Par ailleurs les banques interviennent sur M3 (y compris les dépots à vie et à terme) ne faisant plus de distinction entre la monnaie scripturale et la monnaie payante créée par le système bancaire. Par ailleurs, depuis la seconde moitié des années 80, la multiplication des produits financiers a supprimé la frontière entre la monnaie (ce qui est liquide) et l’épargne (ce qui est immobilisé). A cause de tout cela, les banques centrales ont renoncé peu à peu à leur volonté de controler la masse monétaire.
Silvio Gesell propose une monnaie franche qui perd de sa valeur en fonction du temps. En fait ce n’est pas une monnaie car il n’y a pas d’intéret à la thésauriser. L’avantage de l’argent classique par rapport à la marchandise vient du fait que la marchandise perd de sa valeur avec le temps tandis que l’argent conserve la sienne. Dans le cas de la « monnaie franche » l’argent également perd de sa valeur.
Une association « franchiste » se créa en Allemagne en 1919. Il y a eu 20 cas d’utilisation dont trois en France (Lignières en Berry en 1956, Marance en 1957-58…) mais aussi Schwanenkirchen (Allemagne 1930-31), Wôrgl (Autriche 1932-33) ou Porto Alegre (Bresil 1958). Dans tous ces cas, ils ont permis des grandes métamophoses alors que sévissait de graves crises économiques. Les expériences ont été interdites par les banques ou les états… [1] source André-Jacques Holbecq « un regard citoyen sur l’économie » éditions Yves Michel – site de recherche et de travail collectif : http://www.societalism.org/tiki/ [2] Silvio Gesell, « l’ordre économique naturel » éditions Uromant, Bruxelles 1918 [3] D Chamblay, M Montoussé, G Renouard « 50 fiches pour comprendre les débats économiques actuels » Ed Bréal 2ème édition 1999
L’introduction_du_livre_Internet : technologies, services et usages de demain tomes 1 & 2 cherche à définir la relation entre les approches plannifiées, économique et coopératives.
On y voir une double caractérisation de l’environnement : rareté ou abondance d’un coté et prévisibilité et imprévisibilité de l’autre. Ainsi :
La rareté et l’imprévisibilité sont des contraintes à gérer L’abondance et la prévisibilité comportent cependant leur propre difficulté de gestion (surinformation…)
Outre la relation de ces modes de gestion en fonction de l’environnement, on peut aussi se poser la question de qui coordonne ? Trois possibilités ont été identifiées :
On retrouve ces trois types de coordination dans les trois modes de gouvernance : réglementation, architecture et auto-régulation des acteurs (voir Internet tome 2 page 103) Il est intéressant de voir qu’en économie comme en coopération, il peut y avoir des visions différentes sur l’importance que doit avoir l’acteur régulateur (approches néoclassiques ou keynésienes). la question est aussi de voir à quel niveau intervient le régulateur : faciliter l’émergence d’un environnement favorable.
Ce qui a de la valeur peut être très différente (voir rareté et abondance) :
On peut distinguer plusieurs aspects de régulations dans les domaines économiques (rareté) ou coopératifs (abondance)
On peut se demander si de telles règles peuvent être trouvées pour l’économie (la gestion de biens rares) et si ils sont liés à ceux de la coopération ?
(Ceci est un premier essai très imparfait et à affiner) A noter que même lorsque l’on parle de rareté, il apparait des domaines d’abondance (et vice versa)
Jean-Michel Cornu
Alain Diribarne Nous sommes à une quatrième phase de l’histoire du monde qui passe de la rareté à une abondance
Il faut le regarder sur trois plans
Il y a plusieurs approches : Théorie du déversement (d’un secteur économique dans un autre), théorie de l’offre de services nouveaux qui serait infinie, etc. La question qui est posée est le rapport du non marchand face au marchand. Faut il des solutions qui « sortent du marché » ? Dans un article de 2002 dans le monde, « Le déclin de l’Europe », Elie Cohen explique le différentiels de croissance les états unis ont adopté un développement schumpeterien alors que l’europe a adopté un modèle Keynesien. Il faudrait que l’Europe retrouve sa capacité Schumpeteriene qui était la sienne à l’époque médiévale ! A ce moment là on a une extension du monde. On a une tentative de régulation par l’église, une période d’innovation foisonnante autour des monastères (destinés à fabriquer des biens non marchand).
Deux questions :
Il y a deux types de valeurs :
On a de la rareté dans l’abondance et vice versa. Il ne faut pas confondre le fait qu’il y ait des endroits où il y a de l’abondance et le paradigme de l’abondance. Il faut introduire deux notions antagonistes :
les deux sembles incompatibles mais la réalisté n’est ni rare ni abondante, il faut peut petre deux gestion incompatibles apliquées simultanément (de la même façon que sur un bateau il y a deux chefs : le chef de quart et le chef de pont – celui qui punit et celui qui récompense) pour résoudre cette équation irrésoluble. A l’époque médiévale le monastère permettait la régulation et le financement était sur les morts mais pas sur la ponction publique ou par les utilisateurs… Aujourd’hui le mouvement de développementdes fondations va dans le même sens. Dans le marché il y a une énorme part de non dit (le piratage des logiciels microsoft…). à la Fing on peut rendre transparent ces aspects. On s’approche vers quelle chose de très nouveau : des marchés sur lesquels il n’y a pas de non-dits. C’est surement nouveau mais probablement problématisable. Si on supprime la « zone grise » qui est la zone socialisable, on crée un nouveau marché (les photocopies hors université, le prêt hors bibliothèque) on crée un nouveau marché mais on crée un marché de contrôle. On repasse à la facturation à l’unité (qui est un retour en arrière au Minitel, à l’économie unqiement transactionnelle) mais on peut passer d’un modèle de la taxation à un modèle de de vente unitaire grâce à l’avancé des dispositifs de paiements pemettant de prélever des sommes faibles à coûts extrêmement faibles. L’élite pense le futur à l’intérieur d’un système qui, quoi qu’il arrive, permet aux personnes de faire des choses nouvelles mais in fine participent à une société de consommation. Il y a deux questions :
L’économie telle qu’on la connait est peut être plus là pour minimiser les risques que pour maximiser les profits. mais il faut une deuxième forme de régulation pour cet autre aspect qui est la part d’abondance. Il y a plusieurs questions :
Si l’économie ne prend en compte que la valeur définie par la rareté, il existe plusieurs autres formes de valeurs, parfois même opposées (voir le carré sémiotique sur la différence entre opposés et inverses).
La valeur, au sens économique est définie par la rareté (plus un bien est rare plus il acquière de valeur économique)
La valeur d’un réseau est proportionnel au carré du nombre de ses utilisateurs (loi de Metcalfe).
Cette valeur est définie « en creux » : que ce passerait-il si je n’avais plus cela…
Ainsi la valeur économique (telle que définit actuellement) ne peut pas être le seul critère de valeur. Voir aussi la note de Manu Bodinier sur les travaux de Patrick Viveret dans son rapport « De nouveaux facteurs de richesses«
Sur l’économie du numérique on a une difficulté due au fait que les coûts marginaux sont nuls ou très faibles. Le coût initial devient primordial. Il devient donc deséquilibré d’utiliser une économie transactionnelle basée sur la commercialisation d’un produit dont le coût marginal est beaucoup plus faible que le prix de vente. Si on supprime le droit de reproduction (du fait du coût marginal nul) comme dans la GPL on sape un des fondements de la propriété. Par ailleurs, lorsque l’on a des biens non rivaux et non exclusifs, on a tendance à les transformer en bien publics, mais il peut y avoir des divergences entre l’intérêt de l’état et l’intérêt communs. Il faut donc prendre en compte également les biens communs (ce qui est différent du bien commun – au singulier) :