Le blog de Jean-Michel Cornu

Quelques réflexions dans divers domaines qui m’intéressent

Téléchargez gratuitement mes conseils personnalisés

Cliquez sur le type votre communauté (ou le type de communauté que vous souhaiteriez créer) et téléchargez un document de 40 pages avec des questions et des conseils (un peu comme les livres dont vous êtes le héros) :

  • Communauté territoriale : votre communauté est ouverte à tous et se réunit principalement en présentiel
  • Communauté thématique : votre communauté est ouverte à tous et échange principalement à distance (visios, réseaux sociaux, forums…)
  • Communauté transversale : votre communauté est réservée aux membres de votre organisation pour faciliter la transversalité
  • Communauté de client : Votre communauté est réservée aux clients de vos produits ou services pour faciliter leur engagement (par exemple une formation en ligne)
  • 4.5 La coordination

    Le grand jour !

    Vous avez un projet et celui-ci est suffisamment avancé pour que des contributeurs puissent s’y intéresser. Vous avez défini les règles du jeu et adapté votre projet pour que celui-ci puisse bénéficier au mieux des lois de la coopération. Vous avez vos premières personnes intéressées pour tester ou mieux contribuer à votre projet. Tout est prêt pour le grand jour : vous allez pouvoir ouvrir votre projet à la coopération !

    Vous entrez dans une nouvelle phase où vous allez devoir

    • Faire en sorte d’avoir l’environnement le plus favorable possible
    • Avoir une communauté attirante
    • Adapter continuellement le projet
    • Faciliter les contributions et ensuite les intégrer
    • Encourager les mécanismes de contreparties

    Nous avons déjà rencontré ces 5 tâches du coordinateur lorsque nous avons cherché à définir les règles du jeu. Celles-ci vont nous servir de base pour construire nos outils de coordination au quotidien.

    Préserver un environnement favorable

    Nous avons vu qu’un des aspects de l’art du coordinateur était de trouver l’abondance là où elle était parfois peu évidente, de la préserver et de veiller à ce qu’elle soit bien répartie. Mais nous avons également vu que l’environnement changeait continuellement. Posez-vous à chaque instant la question suivante : Votre environnement ne devient-il pas moins favorable ? Ou au contraire avez-vous une opportunité de rendre l’environnement plus favorable à votre projet ou votre projet plus favorable à l’environnement ?

    Pensez-y en permanence, rêvez en la nuit et vous trouverez des trésors cachés là où vous vous y attendez le moins. Ceux-ci seront bien utiles pour favoriser votre projet.

    Une question pour maîtriser son environnement
    Comment avoir la matière de base du projet en abondance ? Même question sur le temps de maturation et la sécurité matérielle

    Avoir une communauté attirante

    Animer une communauté est un peu comme composer un morceau de musique : On trouve au sein du même morceau des rythmes lents et rapides avec parfois des brisures de rythmes. Les harmonies peuvent être très variées. La mélodie se met en place avec des thèmes qui reviennent régulièrement (les refrains dans les chansons) et des développements qui construisent une progression. Tout un art !

    Pour s’aider, le musicien écrit ses notes sur des partitions. Nous pourrons également utiliser quelques documents de base pour mieux suivre la vie de notre communauté. Ces documents font partie des tâches critiques et il vaut mieux en conserver la maîtrise de la mise à jour.

    L’un des documents clés est l’historique. Ce document conserve la trace des diverses contributions intégrées au projet. Il est fondamental pour favoriser l’estime à l’intérieur et à l’extérieur du groupe. Puisqu’un contributeur n’a pas de tâche critique, il ne peut qu’apporter des plus ou au pire des contributions inutiles. L’historique ne reflète donc que des contributions positives. Les aspects positifs ou négatifs de la vie de la communauté ne sont pas inclus dans l’historique qui se concentre uniquement sur les résultats obtenus par le projet. Eric S. Raymond [RAY2] présente comme le plus grand crime qui puisse exister, le fait de retirer quelqu’un d’un historique.

    Les sept règles du jeu que nous avons proposées pour une communauté ouverte et équilibrée peuvent être suivies efficacement en maintenant quelques documents de base et en se posant continuellement plusieurs questions. Créer et maintenir ces documents peut sembler un travail supplémentaire. Peu de personnes sont conscientes qu’il s’agit au contraire du meilleur investissement en temps pour un coordinateur. Avec très peu temps consacré à leur mise à jour, il évite de nombreuses dérives qui consomment ensuite un temps considérable pour redresser la barre.

    Cinq outils de pilotage et trois questions pour gérer sa communauté

    Il y a cinq documents dont le coordinateur doit conserver la maîtrise et qu’il doit suivre très régulièrement pour faciliter la gestion de sa communauté :

    • La charte : Ce document court définit quelques principes de fonctionnement de la communauté et l’objectif général du projet. Il est possible de se baser sur les règles du jeu proposées
    • L’annuaire : Ce document de travail doit faciliter la vie du coordinateur en identifiant au mieux les contributeurs, leurs compétences et leurs coordonnées. L’annuaire définit plus des compétences que des titres exclusifs.
    • Le plan d’actions : Ce document, régulièrement remis à jour permet au coordinateur de suivre l’avancement des travaux. Il présente également la décomposition du projet en sous-projets. Cette décomposition se fait progressivement en fonction du nombre de contributeurs pour leur permettre de toujours se voir
    • L’historique : Il s’agit de la mémoire du groupe. C’est un point capital pour la reconnaissance de chaque personne ayant contribué. Retirer quelqu’un de l’historique est la pire chose que l’on puisse faire. Il faut au contraire garantir une stabilité et une longévité à ce document
    • La liste des résultats obtenus : Contrairement à l’historique, ce document ne se focalise pas sur les contributions mais sur les résultats principaux obtenus collectivement. Souvent le groupe n’a pas une notion claire de l’importance des résultats accumulés au fur et à mesure de son activité et ce document est important pour lui donner confiance en lui.

    Les trois questions à se poser continuellement sur sa communauté sont :

    • Les membres se voient-ils à long terme dans la communauté, tout en pouvant la quitter à tout moment ou participer à d’autres ? Ont-ils de nombreux contacts à l’extérieur pour avoir la possibilité d’y trouver tout ce qu’on ne trouve pas dans la communauté ?
    • Les membres de la communauté ont-ils du plaisir à être ensemble, ont-ils créé des références communes et sont-ils solidaires ou au contraire pensent-ils en voyant un autre agir « c’est son problème » ?
    • Avez-vous mis des soupapes en place pour évacuer les tensions inévitables d’une communauté qui « mijote » un projet ? Un cycle mimétique est-il en train de se mettre en place ?

    Quelle est la maturité de votre communauté ?

    Il existe une autre question importante à se poser régulièrement sur sa communauté : Quel est son degré de maturité ? Contrairement à ce qui se passe trop souvent, chaque étape de la vie d’une communauté ne doit pas être gérée de la même façon. Il est donc critique de bien connaître et comprendre les différents stades de maturité d’un groupe.

    Nous avons vu qu’un groupe commençait par une phase de préparation plus fermée qui doit permettre au coordinateur d’offrir un projet suffisamment définit dès le départ. Il doit ensuite construire son identité pour développer le sentiment d’appartenance et de confiance au sein de la communauté. Il doit ensuite rassembler ses membres autour d’un travail commun sans être dépendant d’aucun d’entre eux (y compris le coordinateur lui-même qui peut passer la main). De même, le groupe doit préserver son identité et ses objectifs tout en s’ouvrant à d’autres groupes, à de nouveaux membres ou à de nouveaux contributeurs.

    L’encadré ci-dessous sert à identifier le niveau de maturité d’un groupe. Lorsqu’il arrive à un certain niveau, il doit remplir les critères de tous les niveaux précédents.

    Les degrés de maturité d’un groupe

    0) Phase de Préparation

    0.1 Idée définie et écrite dans un texte court

    0.2 Première concrétisation du projet par le futur coordinateur

    0.3 Identification de la façon de présenter le projet en fonction de la cible

    1) Mise en place de l’identité de la communauté

    1.1 Acceptation par les premiers membres d’une charte du groupe et d’un plan de travail

    1.2 Des valeurs et un langage commun

    1.3 Premiers résultats d’un travail commun

    Lorsque la communauté est constituée, deux aspects différents de maturité peuvent se développer en parallèle, à leur vitesse propre.

    A) Développement des Contributions

    A.1 Les contributions viennent de plusieurs personnes et pas seulement du coordinateur

    A.2 Des personnes prennent en charge des parties du projet et impliquent d’autres contributeurs

    A.3 Des sous-projets apparaissent

    B) Indépendance du projet vis-à-vis de ses membres

    B.1 Liens avec d’autres groupes

    B.2 L’identité de la communauté est préservée lors de l’arrivée de nouveaux utilisateurs et contributeurs

    B.3 L’identité de la communauté est préservée lors de changements de contributeurs majeurs ou de coordinateur

    Adapter continuellement le projet

    Plutôt que de figer le choix de ce qui doit être réalisé avant le début du projet comme c’est souvent le cas, la coordination de projets coopératifs se fait par opportunités. Le coordinateur définit uniquement les grandes orientations et l’esprit qu’il souhaite donner.

    Le coordinateur redéfini le projet à chaque instant. Il doit cependant garantir sa cohérence tout en minimisant les contraintes et maximisant les opportunités. Si une évolution du projet va naturellement chercher à mieux l’adapter à la situation ou à saisir de nouvelles opportunités, il ne faut pas oublier d’autres aspects : Ne pas ajouter de nouvelles contraintes et le garder simple à comprendre.

    Trois questions pour adapter son projet
    • La nouvelle présentation du projet réadapté s’intègre-t-elle de façon cohérente avec le passé et est-elle simple à comprendre
    • Les objectifs sont-ils définis sous forme de « le plus possible de… » plutôt qu’avec des résultats annoncés à l’avance du type « ceci ou cela sera fait… » ?
    • La nouvelle orientation prise ajoute-t-elle de nouvelles contraintes (en particulier des contraintes financières) sur le coordinateur ou la réalisation du projet ?

    Intégrer les contributions

    La mise à jour du projet permet d’intégrer les corrections et améliorations proposées (et éventuellement d’en proposer soit même…).

    Vous devrez choisir d’intégrer ou non les contributions que l’on vous fournira. Même si une contribution n’est pas sollicitée et sort de ce que vous attendiez a priori, sachez voir si elle peut apporter un plus et si vous pouvez l’intégrer de façon cohérente. Par ailleurs, il vous faudra aussi savoir distinguer les vrais contributions des simples affirmations de position que vous ne pourrez pas intégrer.

    Trois questions pour intégrer les contributions
    • Attendez-vous de vos contributeurs des contributions simples, courtes, parallélisables et non critiques ? Si pratiquement personne ne contribue pendant un temps ou si quelqu’un ne tient pas ses engagements votre projet est-il en danger ?
    • Votre projet sera-t-il mieux en remplaçant ou en refaisant des parties ? Pouvez vous réutiliser des morceaux venant d’ailleurs ? Comment pouvez-vous intégrer une contribution que vous n’attendiez pas ?
    • Réagissez-vous immédiatement lorsqu’il y a un débat ou une demande dans votre groupe ?

    Encourager les contreparties

    Pour gérer l’équipe de contributeurs, le coordinateur doit avoir un rôle de facilitateur. Pour cela, il doit d’une part être très à l’écoute de ses utilisateurs, ensuite être très attentif à la reconnaissance individuelle et au plaisir des contributeurs, et finalement proposer une satisfaction collective par une vue constante des améliorations.

    Comme nous l’avons vu précédemment, le rôle du coordinateur n’est pas d’apporter directement la reconnaissance aux contributeurs, mais de veiller à ce que les mécanismes de contreparties tels que l’estime se mettent bien en place dans le groupe.

    Deux questions pour que chacun y trouve son compte

    • Lorsque quelqu’un apporte un élément positif au groupe ou au projet, le reste de la communauté est-elle au courant ? En reçoit-il de l’estime dans un processus d’évaluation collectif subjectif et continu ?
    • Avez-vous donné à vos meilleurs contributeurs des titres opérationnels au risque de lancer une course à la recherche de reconnaissance a priori ? Avez-vous, au contraire, simplement proposé des rôles non exclusifs pour les inciter à contribuer et à s’approprier des morceaux ?

    Pour gérer au quotidien son projet, le coordinateur dispose d’outils précieux :

    Un ensemble de documents de pilotage à mettre à jour régulièrement

    • Charte, Historique, Annuaire, Plan d’Actions, Résultats Obtenus (CHAPARO)

    Une liste de douze questions à se poser continuellement :

    1. Comment avoir la matière de base du projet en abondance ? Même question sur le temps de maturation et la sécurité matérielle
    2. Les membres de la communauté se voient-ils à long terme dans la communauté, tout en pouvant la quitter à tout moment ou participer à d’autres ? Ont-ils de nombreux contacts à l’extérieur pour avoir la possibilité d’y trouver tout ce qu’on ne trouve pas dans la communauté ?
    3. Les membres de la communauté ont-ils du plaisir à être ensemble, ont-ils créé des références communes et sont-ils solidaires ou au contraire pensent-ils en voyant un autre agir « c’est son problème » ?
    4. Avez-vous mis des soupapes en place pour évacuer les tensions inévitables d’une communauté qui « mijote » un projet ? Un cycle mimétique est-il en train de se mettre en place ?
    5. La nouvelle présentation du projet réadapté s’intègre-t-elle de façon cohérente avec le passé et est-elle simple à comprendre
    6. Les objectifs sont-ils définis sous forme de « le plus possible de… » plutôt qu’avec des résultats annoncés à l’avance du type « ceci ou cela sera fait… » ?
    7. La nouvelle orientation prise ajoute-t-elle de nouvelles contraintes (en particulier des contraintes financières) sur le coordinateur ou la réalisation du projet ?
    8. Attendez-vous de vos contributeurs des contributions simples, courtes, parallélisables et non critiques ? Si pratiquement personne ne contribue pendant un temps ou si quelqu’un ne tient pas ses engagements votre projet est-il en danger ?
    9. Votre projet sera-t-il mieux en remplaçant ou en refaisant des parties ? Pouvez vous réutiliser des morceaux venant d’ailleurs ? Comment pouvez-vous intégrer une contribution que vous n’attendiez pas ?
    10. Réagissez-vous immédiatement lorsqu’il y a un débat ou une demande dans votre groupe ?
    11. Lorsque quelqu’un apporte un élément positif au groupe ou au projet, le reste de la communauté est-elle au courant ? En reçoit-il de l’estime dans un processus d’évaluation collectif subjectif et continu ?
    12. Avez-vous donné à vos meilleurs contributeurs des titres opérationnels au risque de lancer une course à la recherche de reconnaissance a priori ? Avez-vous, au contraire, simplement proposé des rôles non exclusifs pour les inciter à contribuer et à s’approprier des morceaux ?

    Une grille pour mieux connaître l’état de maturité de son groupe et s’y adapter

    1. Phase de préparation (idée, première concrétisation, présentation)
    2. Mise en place de l’identité de la communauté (charte et plan de travail, valeurs et langage communs, premiers résultats communs)

    Les étapes suivantes se déroulent en parallèle à leur vitesse propre :

    1. Développement des contributions (plusieurs contributeurs, prise en charge de parties du projet, mise en place de sous projets)
    2. Indépendance du projet vis-à-vis de ses membres (Liens avec d’autres groupes, arrivée de nouveaux utilisateurs-contributeurs, renouvellement de contributeurs majeurs ou du coordinateur

    « > aucun commentaire | Lu 6588 fois |

  • 2.2 Les communautés qui durent convergent vers la coopération.

    le dilemme du prisonnier

    L’exemple du  » dilemme du prisonnier  » présente un paradoxe où des personnes peuvent agir à l’encontre de leur propre intérêt. Un malfaiteur et son complice sont pris par la police. Chacun a le choix de trahir ou de ne pas trahir l’autre mais ne connaît pas à l’avance la réaction de son complice. Dans cette situation si les deux s’entendent, ils s’en tireront globalement mieux. Mais l’un peut être tenté de trahir son complice pour ne pas être le seul inculpé pour le cas où l’autre le trahirait. Il peut également dans ce cas bénéficier par sa dénonciation d’une peine allégée. Très souvent, dans le doute, les deux prisonniers se dénoncent l’un l’autre et se retrouvent tous les deux perdants [POU].

    Ce type de situation se rencontre assez fréquemment dans la vie. Ne sachant pas comment va réagir l’autre nous envisageons le cas où il nous trahit (ou plus simplement le cas où il ne coopère pas). Dans ce cas où l’autre ne joue pas le jeu, la situation la moins mauvaise pour nous est de ne pas jouer le jeu nous même. Pourtant, d’un point de vue plus global, le gain est bien plus important pour chacun si les deux coopèrent.

    La méthode CRP

    Le « dilemme du prisonnier » a été étudié dans le cadre de la théorie des jeux.. En l’absence d’information sur la réaction de l’autre, la réponse individuelle la moins mauvaise va à l’encontre de l’intérêt collectif. Pourtant, les résultats changent lorsqu’il ne s’agit plus d’un événement unique mais de plusieurs itérations. Dans ce cas, chacun peut obtenir au fur et à mesure des informations sur la façon dont l’autre va réagir.

    Les simulations qui ont été faites montrent que la solution la plus efficace est de commencer par coopérer puis de calquer son attitude sur les réponses de l’autre : S’il coopère, on coopère également, s’il trahit, on fait de même.

    Plus précisément, la stratégie la plus efficace a été découverte en 1974 par le philosophe et psychologue Anatol Rapaport [RAP] cité par Bernard Werber [WER] : il s’agit de la méthode CRP (Coopération – Réciprocité – Pardon). Dans ce cas on commence par coopérer, puis en fonction de ce que fait l’autre personne on calque son attitude sur la sienne, et enfin on remet les compteurs à zéro en étant prêt à coopérer de nouveau. Cette façon de faire est la plus efficace pour qu’une personne qui a trahi comprenne à la fois que vous ne vous laisserez pas faire, mais que vous êtes prêt à repartir sur une base de coopération.

    Permettre le maximum d’occasions d’interactions dans la durée

    De ces deux exemples, nous pouvons constater que lorsque l’expérience est unique, la tendance est à la trahison, alors qu’après des essais répétés, il devient possible d’avoir une stratégie qui converge vers la coopération.

    Pour permettre à ces différentes interactions de s’opérer, il faut avoir passé suffisamment de temps ensemble. Mettre des personnes ensemble dans la durée et créer entre elles un lien de confiance est la définition même d’une communauté.

    Une communauté pour une coopération dans la durée

    Une des façons la plus efficace de faire coopérer des personnes est de créer un esprit de communauté. Cela implique un sentiment d’appartenance et une confiance réciproque entre les membres.

    De nouveau, en proposant des nouvelles règles du jeu, cela ne veut pas dire que chacun est devenu altruiste. Il existe donc des risques pour les communautés qui peuvent produire un résultat inverse de celui attendu.

    Premier danger : La communauté meurt avant d’avoir une histoire

    Le démarrage de la communauté est le moment le plus sensible. Lorsque les interactions entre les membres de la communauté se développent, il y a naturellement des trahisons qui conduisent à des conflits.

    Le démarrage d’une communauté est un passage obligé. Les avantages de la communauté ne sont pas encore là, et les étapes multiples qui pourraient permettre de sortir du dilemme du prisonnier n’ont pas encore pu s’opérer.

    Première règle : Donnez aux personnes une vision à long terme

    Nous avons vu que la méthode optimum était de commencer à coopérer (quitte à agir ensuite à l’inverse suivant les réactions de l’autre). Il est donc possible de favoriser la coopération entre des personnes qui n’ont pas de passé commun si ces personnes ont la perception qu’il y aura d’autres moments en commun dans le futur.

    Les sociologues appellent distance d’horizon [GLA], la durée pendant laquelle des personnes pensent qu’ils seront ensemble. Cette notion, très subjective, est un facteur clé pour que les acteurs coopèrent ou non. Il y a ainsi nettement moins de vol dans les petits magasins de quartier même lorsque le magasin vient de s’installer, que dans les grandes surfaces anonymes et indifférenciées. Les conséquences perçues d’un acte sont différentes suivant l’histoire que l’on pense avoir par la suite avec les personnes concernées.

    Bien sûr, il ne s’agit pas d’une règle absolue. Tout le monde n’agit pas au mieux de ses intérêts car la méthode CRP n’est pas assimilée par tout le monde. Mais la vision d’un futur commun favorise la coopération alors que le manque d’horizon à long terme favorise les comportements inverses.

    Plus les personnes ont eu des expériences positives de coopération en voyant autour d’elles d’autres personnes commençant par coopérer, plus elles assimilent la méthode CRP et plus il est facile de mettre en place une communauté.

    Deuxième danger : Le passé perdu

    Lorsque l’on a passé un certain temps avec des personnes, de nombreuses épreuves basées sur le dilemme du prisonnier ont eu lieu. Si le groupe n’est pas mort de ces tribulations, il se renforce au fur et à mesure. Mais l’une des particularités de l’être humain est sa capacité d’oubli. Cette fonction est indispensable pour ne pas encombrer le cerveau de toutes les expériences non utilisées. Mais au fur et à mesure que la coopération s’instaure, la notion de danger s’éloigne et la mémoire considère les souvenirs des différentes épreuves passées comme moins prioritaires.

    Si les expériences passées sont oubliées, le groupe revient à la situation bien plus périlleuse du début de la communauté.

    Deuxième règle : L’histoire est la base du futur

    L’héritage du groupe est un élément fondamental pour lui permettre de continuer de bâtir sa cohésion plutôt que de revenir au dangereux point de départ.

    Avec les échanges que nous avons étudiés au chapitre précédant, l’héritage constitue le deuxième fondement d’une société humaine selon Maurice Godelier [GOD] : « Nos analyses nous amènent à conclure qu’il ne saurait y avoir de société humaine sans deux domaines, celui des échanges, quel que soit ce que l’on échange et quelle que soit la forme de cet échange, du don au potlatch, du sacrifice à la vente, à l’achat, au marché, et celui où les individus et les groupes conservent précieusement pour eux-mêmes, puis les transmettent à leurs descendants ou à ceux qui partagent la même foi, des choses, des récits, des noms, des formes de pensée. Car ce que l’on garde constitue toujours des « réalités » qui ramènent les individus et les groupes vers un autre temps, qui les remettent face à leurs origines, à l’origine. »

    Nous verrons qu’une des tâches fondamentale du coordinateur est de développer un historique qui capitalise l’héritage commun

    Outre les relations de confiances qui s’établissent progressivement au sein de la communauté, la communauté est également basée sur le sentiment d’appartenance. La mise en place de « rîtes » et de références communes constituent également un socle sur lequel se bâtit l’héritage collectif.

    Troisième danger : le cycle mimétique

    Nous avons beaucoup de mal à admettre qu’en plus de nos comportements individuels que nous avons l’impression de contrôler, nous sommes soumis à des comportements collectifs. Les mouvements de foules et les réactions de paniques nous sont familières pour ce que nous en avons vu dans les films ou parfois vécut dans nos vies. Mais il nous semble impossible que nous puissions faire nous même des choses qui nous semblent aussi insensées par simple mimétisme.

    René Girard [GIR] dépeint un comportement collectif ancré dans les comportements humains qui sauvegarde l’intégrité de la communauté grâce au sacrifice d’un « bouc émissaire ». Le cycle mimétique qu’il décrit se passe en plusieurs étapes.

    Un conflit commence souvent par un « désir mimétique » qui consiste à vouloir ce que l’autre détient.

    Lorsqu’un conflit arrive (et il en arrive bien sûr plus ou moins fréquemment), la personne qui se sent trahie a assez souvent une attitude agressive. Que nous le reconnaissions ou non nous avons une tendance naturelle au mimétisme et nos attitudes se calquent sur celle de l’autre (même si vous ne le reconnaissez pas, les publicitaires l’ont eux, bien compris). Par mimétisme, l’autre personne adopte une attitude agressive et s’engage alors dans ce que les psychologues appellent parfois du « ping-pong verbal » où l’objectif est d’abattre l’entêtement de l’autre avec obstination, chacun pompant l’énergie de l’autre.

    La troisième étape est l’extension, toujours par mimétisme, à toute la communauté de l’état d’agressivité et les conflits se multiplient. Ce mécanisme est fort bien décrit et de façon amusante dans la bande dessinée « Astérix et la Zizanie ». Au fur et à mesure que les réactions agressives se multiplient, le groupe influence les comportements et produit un effet auto-cumulatif.

    Lorsque la tension dans le groupe atteint un niveau dangereux qui met en péril son intégrité, soit il y a scission, chacun prenant parti dans un camp ou un autre, soit le groupe évacue l’ensemble de l’agressivité au travers d’un « bouc émissaire ». Celui-ci est choisi de préférence en dehors des multiples conflits qui n’ont d’autres liens entre eux que l’effet mimétique. Il s’agit souvent d’une personne plus faible et surtout différente sur laquelle vont s’acharner de façon irrationnelle toutes les agressivités.

    Une fois le trop plein d’agressivité déversé, le bouc émissaire est « diabolisé » comme la source de tous les maux pour justifier la réunification du groupe autour de son anéantissement et oublier les circonstances du « sacrifice ». Le groupe réconcilié a sauvegardé son intégrité en sacrifiant un bouc émissaire innocent. L’oubli permet au groupe de reprendre son cours jusqu’au prochain cycle.

    Troisième règle : Rendre visible le mécanisme du bouc émissaire

    Une des difficultés pour comprendre le mécanisme du cycle mimétique est justement du au fait qu’il ne peut fonctionner que s’il est inconscient. Les participants à ce cycle ne peuvent accepter ni le mimétisme de leur comportement, ni son paroxysme irrationnel jusqu’au déversement de toute l’agressivité sur un innocent et encore moins le mécanisme d’oubli de cette atrocité.

    René Girard poursuit en montrant que le mécanisme de victimisation qui place les victimes au centre de notre attention est très ancré dans notre civilisation judéo-chrétienne. Nos informations se concentrent fortement sur les conséquences sur les victimes, ce qui n’était pas le cas dans des temps plus reculés. Ce processus à un effet bénéfique car il rend plus difficile l’aveuglement et l’oubli nécessaire au fonctionnement du cycle mimétique.

    Rendre visible le mécanisme de « bouc émissaire » permet de casser le cycle mimétique. Il n’empêche cependant pas la montée de la tension et il est nécessaire de trouver une nouvelle soupape de sécurité plus acceptable. Le chapitre sur la résolution des conflits présente quelques réflexions supplémentaires.

    Le mimétisme de l’être humain n’a pas que des effets négatifs. Il est aussi possible de le prendre en compte de façon positive, comme par exemple dans la possibilité de disséminer la méthode CRP dans la communauté « par l’exemple ».

    Quatrième danger : la communauté fermée

    Le quatrième danger qui guette une communauté est de se refermer sur elle-même. Le groupe peut continuer sa progression mais en se coupant de l’extérieur, il risque d’adopter des comportements sectaires préjudiciables à ses membres.

    Cela ne veut pas dire qu’il ne doit pas y avoir de frontière entre l’intérieur et l’extérieur de la communauté. Le sentiment d’appartenance et l’existence de particularités spécifiques au groupe sont indispensable pour qu’une communauté existe. Mais elle ne peut s’enrichir qu’en restant ouverte sur l’extérieur.

    Quatrième règle : Permettre la sortie et la multi-appartenance

    Il n’est pas toujours facile de trouver des critères objectifs pour qualifier un groupe d’ouvert ou de fermé. Le rapport parlementaire français sur les sectes [GUY] propose de faire un contrôle fiscal sur les mouvements suspects car ils ont souvent pour but d’apporter richesses et pouvoir à un présumé gourou.

    Il existe cependant deux critères qui favorisent l’ouverture du groupe vers l’extérieur :

    • Chaque participant doit pouvoir en sortir à tout moment.
    • L’appartenance à d’autres groupes doit être autorisée et même encouragée pour enrichir le groupe au travers de ces liaisons informelles.

    Si la stratégie dominante dans le cas d’une rencontre unique est souvent la trahison, c’est la méthode CRP (Coopération, Réciprocité, Pardon) qui est la plus efficace lorsqu’il y a de nombreuses expériences itératives communes.

    Une communauté permet de multiplier les occasions d’expériences et donc de favoriser une convergence vers la coopération.

    Il existe des règles pour éviter que la communauté ne dévie:

    1. Donner à chacun une vision à long terme Pour permettre le développement de comportements du type CRP
    2. Développer un historique pour préserver l’héritage commun Pour éviter les « retours à zéro »
    3. Rendre visible le mécanisme du cycle mimétique et trouver une autre soupape Pour briser la focalisation sur un « bouc émissaire »
    4. Permettre à tous de sortir à tout moment et encourager l’appartenance à d’autres groupes Pour éviter la sectarisation d’un groupe fermé